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AquaTM - AquaTM 

by Jean-Marc Ligny, © Librairie L’Atalante, 2006, translated by Teia Maman

Prologue 

EAU, VENT, POUSSIERE

Voici les sujets que nous évoquerons au cours de notre flash météo offert par AirPlus, l'air sain de vos logis. Les îles Britanniques font le gros dos sous l'ouragan de force 12 qui a abordé les cotes il y a un peu plus d'une heure, on compte déjà une trentaine de victimes : notre fait du jour. Les Pays-Bas renforcent leurs digues et se préparent tant bien que mal a résister: nos conseils pratiques.
Treizième mois de sécheresse en Andalousie, les derniers orangers se meurent : notre dossier spécial société. En Italie, des millions de méduses mutantes s'échouent on ce moment sur les cotes de l'Adriatique, leur venin peut être mortel : notre reportage exclusif.
Enfin, si vous circulez dans les Alpes, prenez garde aux glissements de terrain, de nombreuses routes sont coupées : le point sur la situation. Mais tout d'abord quelques flashes de notre sponsor Green Links. Restez avec nous sur EuroSky, la météo de votre région en temps réel!

CHECK POINT

Vous avez des problèmes d'approvisionnement en eau potable? Avec le système Global Filter, même de l'eau de votre rivière devient consommable! Grâce au procédé PolluKill™ à base de bactéries transgéniques, une exclusivité de BioGen Labs, vous
obtenez de l'eau pure en toutes circonstances, sans danger pour votre organisme. 1499€ seulement, avec deux recharges gratuites!
*Ne pas utiliser pour les biberons ni la toilette de votre bébé.

Des trombes d'eau s'abattent en rafales sur le pare-brise du 50 tonnes Volvo, que les essuie-glaces à vitesse maximum ne parviennent plus à balayer. Le vent hurlant secoue le camion avec acharnement, mais ses douze roues aux pneus en polycarbonates le cramponnent au bitume de l'autoroute, et sa trajectoire ne dévie pas d'un pouce. A cent mètres dans son sillage, enveloppé d'un nuage de pluie vaporisée, un second poids lourd le suit avec la même rectitude. L'eau panache au sommet de leurs citernes luisantes estampillées du coquillage Shell.
Un signal d'alarme résonne soudain dans les deux cabines obscures, aux tableaux de bord pointillés d'une galaxie de contrôles électroniques. Un message lumineux s'inscrit en lettres rouges et en trois langues – néerlandais, anglais et allemand – sur le haut des pare-brise: CHECK POINT A 500 M – ARRET OBLIGATOIRE.
Avec une synchronisation parfaite, les deux camions en pilotage automatique ralentissent régulièrement. Celui de tête s'arrêt en soupirant devant la barrière clignotante qui ferme l'échangeur de Zurich, au bord de la mer de Wadden. Au-delà des voies
atoroutières plus ou moins transformées en torrents, les vagues furieuses fracassent sur la digue côtière, ensemencent le paysage vert-de-gris d'écume de sel jaunasse, soutendent les hurlements de l'ouragan de leurs roulements sourds et menaçants. Les rangées d'éoliennes plantées au bord du lac d'IJssel ont été arrêtées – trop de vent – mais vibrent et oscillent dangereusement au sommet
de leurs mâts, ajoutent leur plainte lugubre au charivari général. L'une d'elles tournoie follement – sans doute un bug de la sécurité –, vrombit telle un frelon dément: elle peut rompre à tout moment, et ses pales de quarante mètres de long, emportées par les bourrasques, risquent alors de décapiter tout ce qui se dresserait sur leurs trajectoire.
La barrière clignotante est flanquée d'une guérite en préfa, abri précaire au sein des éléments déchaînés. Les flics ne se risquent
pas à mettre le nez dehors, ils préfèrent communiquer par radio avec le pilote de la citerne de tête:
– Identifiez-vous, SVP.
– Transports 106A et 106B, pour la Shell.
Un silence.
– Vous n'êtes pas enregistrés. Que transportez-vous?
De la limonade, connard, pense le pilote avec un moue. Il répond d'un ton neutre :
– Du GPL. Livraison d'urgence.
– Ou ça, la livraison?
– Den Helder.
– De l'autre cote? L'Afsluitdijk est fermée pour cause de tempête. Faut faire le tour.
Merde. Le pilote envisage une seconde de forcer le barrage, mais les flics peuvent commander l'ouverture du pont tournant sur les
écluses Lorentz avant que les camions n'y parviennent, et la mission tomberait à l'eau. Il choisit la négociation: elle a été prévue,
préparée et répétée, n'empêche qu'elle reste toujours le point faible du plan.
– Ce n'est pas possible. Ils sont dans le noir, à Den Helder. Quinze éoliennes sont tombées, le courant est coupé, l'hôpital et l'aéroport ne fonctionnent plus, ils ont besoin urgent de carburant pour leurs générateurs.
– C'est pas mon problème, rétorque la voix grésillante du flic dans ses écouteurs. L'Afsluitdijk est fermée, point. J'applique le règlement.
Le chauffeur envoie un bip discret à son collègue, sur un canal crypte, lui signifiant de se tenir prêt à appliquer la phase I bis du plan, au cas où le flic serait trop obtus ou pointilleux.
– Ecoutez, j'u un ordre de circulation prioritaire de la Shell, contresigné par les autorités de Groningen, m'autorisant à effectuer cette livraison le plus vite possible et par le plus court chemin, quelle que soient les conditions météo. Vous voulez le voir?
Silence de nouveau. Puis une autre voix retentit dans les écouteurs, plus grave et âgée: le chef sans doute.
– Pourquoi voulez-vous emprunter l'Afsluitdijk?
Le pilote explique de nouveau, tout en tâtonnant sous son siège à la recherche de sa mini-Uzi. Il peut venir au chef la fantaisie de vérifier ses dires, auquel cas il faudrait appliquer las phase I bis immédiatement. Mais celui-ci est plus compréhensif ou n'a pas envie de risquer un blâme:
– O.K., je vous ouvre. Mais je vous préviens, c'est à vos risques et périls: ça fouette salement sur la digue.
– Merci, chef.
– J'avertis les collègues de l'autre cote de votre passage exceptionnel.
– D'accord.
Tandis que le flash rouge passe au vert et que la barrière se soulève, le chauffeur glisse le pistolet-mitrailleur sous son siège,
déconnecte le pilotage automatique et enclenche la seconde. La lourde citerne s'ébranle, suivie par sa jumelle qui inonde au
passage la guérite de gerbes d'eau boueuse.

..................................................

APOCALYPSE

Afsluitdijk (digue de fermeture) : digue de sable, pierre et basalte sur lit d'argile et matelas de fascinage, reliant la Hollande septentrionale à la Frise, séparent le lac d'IJssel de la mer de Wadden et supportant l'autoroute A7. Longueur : 30 km. Largeur : 90m. Hauteur moyenne : 7,50 m au-dessus du niveau de la mer (au XXe siècle). 25 écluses de décharge, 3 à sas pour les bateaux.
Débit d'évacuation maxi : 5 000 m3/s. Année d'achèvement : 1932.

Passé les écluses Lorentz à Kornwerderzand, nul retour en arrière n'est possible. Le pilote de Volvo de tête trace un signe de croix sur le volant, embrasse son crucifix et récite un Pater Noster à mi-voix, tout en appuyant sur l'accélérateur. Il aurait aimé partager cet instant de recueillement avec son collègue, deux cents mètres en arrière, mais tout contact radio autre qu'un bref bip est
strictement prohibé entre eux.
L'autoroute déserte et rectiligne s'étire devant lui jusqu'à l'horizon, du moins ce qu'il peut en voir à travers les cataractes sur le pare-brise. En effet, ça "fouette salement" : des vagues énormes, poussées par l'ouragan et amplifiées par la marée de l'équinoxe, s'écrasant en monstrueux panaches d'écume sur la talus – pourtant rehaussé à 10 m depuis le premier plan Delta – et déferlent en
coulées boueuses sur la chaussée, emportant des tommes de terre et d'argile qui dégoulinent dans le lac d'IJssel. Celui-ci est agité par une méchante houle brunâtre et moussue qui charrie de nombreux déchets végétaux et cadavres d'oiseaux ou de poissons. Le ciel n'est qu'un vaste chaos de nuages boursouflés et violaces, terrifiants en cette heure crépusculaire. Partout la furie des eaux fait rage; la langue de terre et de bitume qui s'enfonce dans ce capharnaüm parait tellement fragile...
Crispe par l'angoisse, le pilote s'agrippe au volant, tente de maintenir autant que possible la trajectoire du camion secoué par les rafales, dérapant dans les paquets de mer qui balaient la route. Manquerait plus qu'il se plante avant d'atteindre l'objectif... Un coup d'œil au radar de proximité lui indique que son collègue, maintient la distance de 350 m, malgré les embardées dont il est
aussi victime. C'est bon. Il accélère encore : 130... 140... Le limiteur de vitesse est cracké d'origine, pourtant des voyants clignotent sur le tableau de bord, des alarmes se mettent à striduler. Il les déconnecte. Il n'entend plus le sifflement du moteur à hydrogène, noyé par la colère de Dieu qui rugit autour de lui. Il renouvelle ses prières au Seigneur tout-puissant, tout en songeant que Lui-même pourrait accomplir la mission de purification qui leur a été assignée... Mais il ne faut pas trop y compter : depuis un siècle, la vielle Afsluitdijk a essuyé force tempêtes d'ampleur sans cesse croissante, elle a toujours tenu bon. Les Hollandais ont beau être
dépravés et pervertis par l'esprit du Mal, ils savent construire solide.
150 km/h. Pas moyen d'ailleurs d'aller plus vite, sous peine de valser dans le décor. Mais ça devrait suffire. Il traverse le terre-plein du Breezanddjik et ses parkings, maisons et stations-service en ruine et noyées par les eaux. L'objectif est encore à huit
mètres. Le pilote espère que les flics de l'échangeur ne se sont pas renseignés à Den Helder ou Groningen, qu'une patrouille des chasseurs n'est pas en train de foncer vers les camions pour les bombarder. Mais non, impossible : rien ne peut voler dans cet enfer.
Nouveau coup d'oeil au radar : l'autre suit toujours à 350 m, valsant comme lui d'un bord à l'autre de la chaussée, traversant les nuées d'écume telle une baleine métalloïde. Notre Père qui est aux Cieux, que votre nom soit sanctifié, donnez-nous la force
d'accomplir notre mission divine, acceptez ma pauvre âme de pécheur en votre gloire éternelle... Oh mon Dieu, quelle vague énorme! Elle va nous balayer, on va se planter, aïe aïe aïe, non, ça passe, ça passe, alléluia, le Seigneur est avec nous, vive Dieu et la sainte Amérique!
Objectif en vue. Il vient d'apercevoir, dans une trouée de pluie, la tour cylindrique du monument élevé à la gloire des bâtisseurs, à l'endroit précis de la fermeture de la dernière passe, le 28 mai 1932. Les pilotes ont appris l'histoire de l' Afsluitdijk par cœur.
Ultime coup d'œil au radar : le collègue est toujours là, à 370 m. Accélère, mon vieux. Pas le moment de flancher. Dieu est avec nous. Il nous accueillera en sa gloire éternelle. Le paradis nous attend!
Le poids lourds s'engage à pleine vitesse sur la voie de dégagement qui grimpe sur le talus, mène à un parking et aux cinq cylindres de béton retraçant l'historique de la digue. Deux sont manquants, emportés par les lames. Au bord opposé de l'autoroute, le monument à également souffert : la tour est éventrée côté mer, la pluie s'engouffre dans la brèche avec rage. La voie de dégagement est prise d'assaut par les flots en furie, mais – sûrement par bonté divine – la tempête connaît un bref instant d'accalmie qui permet aux deux camions de s'y maintenir.
Le pilote fonce jusqu'au bout du parking, presse le bouton de la télécommande et donne un coup de volant sec à droite.
– A Dieu vat ! hurle-t-il tandis que le Volvo quitte la chaussée, défonce la rambarde de sécurité, arrache le grillage, dévale le
remblais de pierre et s'abîme dans la mer déchaînée. A quatre cents mètres en arrière, l'autre poids lourd fait de même.
Dix secondes plus tard, c'est l'apocalypse.
Les citernes ne sont pas remplies de GPL, mais de vingt tonnes de vapeurs de mercure, d'argon et de krypton confinées à haute pression dans une enveloppe composite (époxy aux nanotubes de carbone, kevlar, et téflon), elle-même enrobée par le cylindre d'acier. Celui-ci contient en outre deux super-magnétrons, placés de part et d'autre dans l'enveloppe et alimentés par la pile à
hydrogène du camion. La télécommande, enclenchée par le pilote juste avant son suicide, est réglée par la profondeur de l'eau au
pied de la digue. Elle active les magnétrons sitôt que les camions touchent le fond. Le bombardement d'électrons ionise les gaz qui
se transforment en plasma et montent à une température de 3 500 °C. En cinq secondes, le plasma franchit son seuil critique,
devient instable et explose, générant une boule de feu à 10 000° C.
Sur plusieurs centaines de mètres de part et d'autre des explosions, la digue se transforme instantanément en un magma bouillonnant. Soufflée, vaporisée, la mer recule et génère une colonne de vapeur brûlante qui transperce les nuages. Puis le flot revient, plus furieux que jamais, en une vague de raz-de-marée qui abat ses millions de tonnes d'eau sur la digue en fusion. Elle est arasée comme un vulgaire tas de sable – nouvelle émission d'un dantesque champignon de vapeur. La mer se rue dans le lac d'IJssel et sur les polders environnants, noire falaise d'eau écumante, chargée de débris, écrasant tour sur son passage. D'autres vagues géantes suivent immédiatement, parachèvent l'œuvre de destruction, éventrent de larges brèches dans l' Afsluitdijk sillonnée de lézardes et fissures, franchissent sans faiblir les digues côtières et noient des milliers de kilomètres carrés de basses terres sous des flots limoneux et tumultueux.
En outre, la double explosion plasmatique induit une onde de choc électromagnétique qui se propage à la vitesse de l'éclair jusqu'à cent cinquante kilomètres à la ronde, détruisant aussitôt tous les appareils électriques et électroniques en service. Elle réduit tout le pays, excepté le Limbourg et le sud de Brabant, au silence et aux ténèbres. Les lumières s'éteignent. Voitures, trains, métros s'immobilisent. Les avions tombent. Les télés splitent. Les radios se taisent. Les ordinateurs plantent. Toutes les télécommunications
s'interrompent. Dans les hôpitaux, scanners et dialyses ne fonctionnent plus, les appareils de téléchirurgie se bloquent dans la chair
des patients. Les éoliennes cessent de tourner, les centrales électriques de fournir du courant. Les pompes hydrauliques s'arrêtent, les canaux s'engorgent et débordent. Les serres  hydroponiques et les élevages en batteries sombrent dans le noir et le froid. Les feux de circulation sont coupés, les GPS divaguent, les contrôles de flux des autoroutes sont anéantis. Les phares s'éteignent, les bateaux tombent en panne et dérivent dans la tempête. Les usines cessent de produire. Police, secours et pompiers sont paralysés. Les Pays-Bas plongent dans le chaos, près d'un quart du pays est submergé. Par-dessus cet enfer, l'ouragan hurle, cogne et déferle, indifférent au sort des humains.

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TULIPES

... Et maintenant, mes chers amis, voici le moment que vous attendez tous ! Nous allons designer le vainqueur de notre grand jeu "Plus con tu meurs", celui ou celle qui aura dit ou fait les plus belles conneries au cours de notre sélection impitoyable. L'heureux gagnant qui va hériter d'un splendide logement dans la prestigieuse enclave suisse de Sion, parmi l'élite de l'alite, dans un environnement to-ta-le-ment préservé ! Mais laissez-moi d'abord vous présenter ce charmant nid d'amour offert par notre sponsor Rebuilt...


C'est totalement con, soupire Aneke Schneider, vautrée dans le canapé du salon de sa maison standard de Swifterbant, au nord du polder du Flevoland. Un joint éteint entre les doigts, elle suit d'un œil vague sur sa télé murale "Plus con tu meurs", l'émission cent pour cent débile du célèbre animateur Wim Brinker, plébiscité par dix millions de Néerlandais, parait-il. Aneke voudrait zapper,
mais l'herbe que cultive Rudy est trop bonne, elle ne sait plus où elle a fourré la télécommande et n'a pas le courage de se lever pour la chercher. De temps à autre, elle surveille d'un œil non moins vague sa fille Kristin, quatre ans, à plat ventre sur le tapis, occuper à massacrer avec application des montres aliens sur sa console Babybox. Ca grogne, ça beugle et ça détone à intervalles
réguliers, ponctué tour aussi régulièrement par un "Ouais ! J'l'ai eu !" de Kristin.
Faudrait que je fasse à bouffer, songe Aneke, lâchant un nouveau soupir. Il est bientôt sept heures et la petite a faim... Et faudrait que je j'aille jeter un œil aux serres. Car la tempête fait rage au-dehors, le vent rugit et la pluie crépite sur les stores; elle craint qu'il n'y ait des dégâts. Jeter un œil aux serres consiste simplement à aller dans le bureau de Rudy, réveiller l'ordi, passer en revue
les cameras et les divers contrôles : température, hygrométrie, pH des bacs, débit des diffuseurs. Mais même cet effort lui parait surhumain. Aneke a tendance à trop fumer quand Rudy n'est pas là. Une façon de combler son ennui et sa solitude, s'excuse-t-elle.
Néanmoins elle en éprouve une certaine culpabilité. A trente-cinq ans, elle devrait un peu lever le pied... Et puis elle gaspille son temps devant "Plus con et tu meurs" tandis que Rudy est à Bruxelles, en train de défendre la filière avec son syndicat devant la Commission agricole... Rudy cultive des fleurs, les célèbres tulipes hollandaises, entre autres. Ce n'est peut-être pas très original,
mais au moins c'est mieux que de fabriquer dans usines homéostatiques des poulets transgéniques sans plumes pour la FAO. Or les tulipes hollandaises sont menacées par une concurrence sauvage venue de Chine, où, imagine Aneke, les producteurs doivent employer des milliers de gosses de sept ans, payées deux yuans par jour à se casser le dos pour repiquer des semences Universal Seed. De plus, la Commission agricole européenne a encore diminué les subventions aux horticulteurs néerlandais, les obligeant à vendre plus cher sur un marche déjà peu luisant – qui a des moyens d'offrir des fleurs aujourd'hui? –, ce qui risque de couler à brève échéance un petit exploitant comme Rudy.
Tout ça emmerde profondément Aneke. Et puis le Flevoland, sa morne platitude et son non-paysage la dépriment. Elle regrette sa Bavière natale, où il y a de vraies montagnes et une vraie végétation. Voila pourquoi elle tant en vérité. Rrooooarrr-fiiiiu-BOUM-arrrgh, émet le Babybox. Ca aussi, l'énerve.
– Baisse le son, mon poussin, marmonne-t-elle. D'ailleurs tu vas arrêter, c'est l'heure de dîner.
– Oh non, m'man! J'ai presque fini !
Soudain tout s'éteint. La Babybox. La télé murale. Les lumières. La clim.
– M'man ! Ca marche plus ! Et y fait tout noir !
– Ca doit être à cause de la tempête. Ne bouge pas ma chérie, je vais chercher des bougies.
– M'man, j'ai peur...
Kristin se met à sangloter. Aneke la rejoint a tâtons, sa fille se cramponne à ses jambes.
– Ce n'est rien mon poussin, c'est juste la tempête. La lumière reviendra bientôt. En attendant, on va s'allumer des bougies partout, ce sera très joli.
– Comme à Noël?
– Oui, c'est ça, comme...
– Aneke s'interrompt, l'oreille tendue. Un son étrange a pris naissance dehors, domine rapidement le charivari habituel de la tempête. Un vaste grondement, un énorme roulement liquide... qui s'amplifie. Absorbe tous les autres bruits.
– Qu'est-ce que... Kristin, ôte-toi de mes jambes !
Aneke écarte sa fille, qui commence a brailler, gagne rapidement la fenêtre, heurtant la table basse au passage, remonte le store a l'aide de la manivelle, la commande électrique ne fonctionnant plus. Et dans la pénombre violacée du crépuscule, elle voit...
Elle n'en croit pas ses yeux. Swifterbant est à trois kilomètres du lac d'IJssel, elle ne peut pas voir ça. Et pourtant...
Une vague. Gigantesque. Une muraille d'eau noire et luisante, frangée de l'écume blafarde. Qui roule et s'approche dans un
grondement d'enfer, avalant tout dans son ventre liquide. Roule et S'APPROCHE. S'APPROCHE.
– Poussin ! Va t'abriter...

Inutile. Dérisoire.

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WATER, WIND, DUST

…and here are the issues we will bring up during the course of our weather flash, brought to you by AirPlus, "Healthy Air for Your Home." The British Isles are bearing the brunt of a Force 12 hurricane that hit land just over one hour ago. More than thirty victims so far. Our event of the day: The Netherlands are reinforcing dikes and preparing, as far as possible, to weather the storm: keep listening for practical  advice... For our special society feature: After thirteen months of drought in Andalusia, the last of the orange
trees are dying… An exclusive report from Italy, where at this very moment, millions of mutated jellyfish are washing up on the shores of the Adriatic. Their venom is deadly…
Finally, if you are driving in the Alps, watch out for landslides. Several roads are blocked. Stay tuned for updates on the situation… But first, a flash from our sponsor Green Links. Stay with us here on  EuroSky, weather reports for your region, in real time!

CHECK POINT

Having problems stocking up on potable water? With the Global Filter system, even the water from your local river becomes drinkable! Thanks to the PolluKill™ process, based on transgenic bacteria exclusive to BioGen Labs, you can have pure water under all circumstances, without danger to your organism. Only 14.99 € with two free recharges!
*Not to be used for infants' bottles or bath.

With each gust of air, sheets of water strike the windshield of the 50-ton Volvo tank truck, and the wipers, even at the highest setting, can no longer sweep it away. Shrieking winds shake the truck viciously, but its twelve wheels and polycarbonate tires grip the road's asphalt, and its trajectory does not deviate an inch. A second tank truck, shrouded in a blur of vaporized rain, follows precisely one hundred meters in its wake. Plumes of water splash up to the tops of their glossy, Shell logo-embellished tanks.
In the dim truck cabs, alarms suddenly flare on the dashboard, which swarms with a galaxy of electronic controls. A luminous message in red letters scrolls across the top of the windscreen, in three languages -- Dutch, English and German. CHECK POINT 500
METERS - STOP REQUIRED.
The two trucks brake with the regularity and perfect synchrony of automatic pilot. The leading truck stops with a schuss before the flashing barrier, which blocks access to the Zurich interchange at the edge of the Wadden Sea. Beyond the freeway lanes, transformed more or less into torrents of water, furious waves smash into the coastal dike, sowing the greenish-grey landscape with yellowish salt foam. The deafening, threatening rumble of the waves overwhelms even the screams of the hurricane. Wind turbines that line the edge of Ijssel Lake have been locked down -- too much wind -- but the blades vibrate and oscillate dangerously at the top of their masts, adding their lugubrious complaint to the general chaos. One of them spins madly -- must be a bug in the security system -- droning like a crazed hornet. It could break at any moment, and if swept up by the storm, its 40-meter long blades risk beheading whatever stands in their path.
The flashing barrier is flanked by pre-fab guard shacks, a precarious shelter in the heart of these unleashed elements. The police  guards don't risk putting their noses outside, preferring instead to communicate by radio with the driver of the leading tank truck.
"Identify yourself, please."
"Transports 106A and 106B, for Shell."
Silence.
"You're not listed. What are you transporting?"
Lemonade, you jerk, thinks the driver, with a frown. He responds with a neutral tone.
"LPG. Emergency delivery."
"Where are you delivering it?"
"Den Helder."
"On the other side? The Afsluitdijk is closed due to the storm. You'll have to turn around."
Damn. The driver considers the possibility of breaking through the barrier but the guards could order the bridges spanning the Lorentz locks to open up, far before the trucks could get to them, and the mission would fail. He chooses to negotiate, a foreseen
probability, and uses phrases prepared and rehearsed. Nevertheless, this remains the weak point of the plan.
"That is not a possibility. They're in the dark at Den Helder. Fifteen wind turbines have fallen, electricity is out, and the hospital and airport are no longer functioning. That means they urgently need this fuel for their generators."
The driver sends a discreet signal to his colleague on an encrypted channel, warning him to be ready to apply Phase 1-B of the plan if the cop proves to be stubborn or finicky.
"Listen, I have priority traffic orders from Shell, countersigned by the authorities at Groningen, allowing me to complete this delivery as quickly as possible and by the shortest route, whatever the weather conditions. Do you want to see them?"
Another silence. Then another voice resounds through the headphones, deeper, older -- undoubtedly the boss.
"Why do you want to take the Afsluitdijk?"
The driver explains it all over again, patting under his seat in the meanwhile, searching to put his hands on his mini-Uzi. The boss just might think to verify his statement, in which case he will have to apply Phase 1-B at once. But this guard proves to be more
comprehending, or just does not want to risk getting reprimanded.
"Okay, I'll open it up for you. But I'm warning you, it's at your own risk and peril. That's some wild, dirty weather on the dike."
"Thanks, chief."
"I'll alert my colleagues on the other side that I made an exception, and let you pass."
"Understood."
The flashing light changes to green and the barrier goes up. The driver slides his hand machine-gun back under the seat, disconnects the autopilot, and shifts into second. The heavy tanker truck sets off, followed by its twin, drenching the guard huts with sprays of
muddy water as they roll past.

..................................................

APOCALYPSE

Afsluitdijk (Enclosure dike): Dike of sand, rocks and basalt on clay bed and gabion layer, linking northern Holland to the Frise, separating Lake Ijssel from the Wadden Sea. Supports the A7 Freeway. Length: 30 km. Width: 90 m. Average height: 7.5 m above sea level (as of 20th century). 25 discharge locks, 3 with water locks for boats. Maximum evacuation discharge: 5,000 cubic m/s. Year of completion: 1932.

Once past the Lorentz locks at Kornwerderzand, there is no going back. The lead Volvo driver makes the sign of the cross on the steering wheel, kisses his crucifix and recites the Our Father in a hushed voice, all the while pressing down harder on the accelerator.
He would have liked to share this moment of contemplation with his associate, but all radio contact between them, other than brief signals, is strictly forbidden.
The deserted, dead-straight freeway stretches before him to the horizon, at least what he can see of it through the cascades on the windscreen. It truly is "some wild, dirty weather." Enormous waves, pushed ashore by the hurricane and amplified by the equinox tide, smash with monstrous sprays of foam on the embankment, even though it has been built up to 10 metres since the first Delta plan. The waves roll up onto the pavement and finish as mudslides carrying tons of earth and clay that empties into the Ijssel. The
lake is agitated with a nasty chop, brownish, foaming and littered with all kinds of vegetable and animal waste and cadavers of birds and fish. The sky is but a vast chaos of swollen mauve clouds, terrifying at this hour of dusk. Everywhere, the furious waters rage; the spit of land and asphalt that delves through this turmoil seems so fragile...
Tense, filled with anxiety, the driver grips the wheel and tries to maintain the truck's trajectory as closely as possible, but the wind shakes it, and the seawater sweeping across the road make it skid.
That's all I need, to get in a wreck before I even reach the objective. A glance at the close-range radar indicates that his colleague is maintaining his distance at 350 metres, in spite of both truck's yawing across the road. Good, good. He accelerates again: 130...140... He'd disengaged the speed limiter long before, but signals start to flash on the dashboard anyway, and alarms start to chirp. He disconnects them. He can no longer hear the high whistling of the hydrogen motor, drowned by the fury of God roaring all around him. He renews his prayers to the all-powerful Lord, at the same time contemplating the fact that God could have accomplished this purification mission Himself. But then, they couldn't count on that happening. For more than a century, the old Afsluitdijk had been assailed by storms of ever-growing amplitude, and it had always held out. The Dutch, no matter how depraved and perverted by the forces of Evil, knew how to build solidly.
150 km/h. No way to go faster without sailing off into the décor. But that should suffice. He crosses the esplanade of Breezanddijk and its parking lots, houses and service stations in ruins, all of it half-drowned under the waters. The objective is still eight kilometres away. The driver hopes that the cops at the interchange had not gotten information from Den Helder or Groningen, that combat air patrols were not right then racing toward the trucks to bombard them. But no, that would be impossible -- nothing can fly in this hell.
Another glance at the radar. The other truck is still at 350 metres, skating, like his, from one edge of the road to the other, passing through the clouds of foam like a metalloid whale. Our Father, who art in heaven, glory be thy name, give me the force to
accomplish our divine mission, accept my poor sinner's soul into your eternal glory... Oh my God, what an enormous wave! It's going to sweep us away, we're going to crash, oh no! No, it's okay, it's okay, hallelujah, the Lord is with us. Long live God and our blessed America!
Objective in sight. He's just spotted, in a break in the rain, the cylindrical towers of a monument raised to glorify the builders, at the precise location of the closure of the last pass, on May 28, 1932. The drivers have learned the history of the Aflsuitdijk by heart.
One last look at the radar: his colleague is still there, at 370 metres. Accelerate, old buddy. Not the moment to waver. God is with us. He will welcome us into his eternal glory. Paradise awaits us!
At full speed, the semi-truck takes the exit ramp, climbs onto the bank and heads directly into a parking lot and the five cement towers that retrace the history of the dike. Two are missing, swept away by the blades of wind turbines. On the opposite side of the freeway, the monument has suffered just as much damage: the tower is gutted on the seaside; the rain is attacking the breach with rage. The exit ramp is at the mercy of the fuming waves, but -- surely due to the Divine Will -- the storm calms for a brief instant and allows the drivers to maintain their way.
The first truck hurtles right to the end of the parking lot, its driver presses the button of his remote control and gives the wheel a swift jerk to the right.
"God be with us!" he cries out as the Volvo flies off the asphalt, crushes the security ramparts, tears away the fence, soars over the rocky embankment and dives into the chaotic ocean. Four hundred metres back, the second truck does the same.
Ten seconds later, comes... the apocalypse.
The tanks were not filled with LPG, but with twenty tons of mercury, argon and krypton gases, held at high pressure in a composite envelope (epoxy in nanotubes of carbon, Kevlar and Teflon), enrobed by the steel cylinder. The tanks also contained two super-magnetrons, placed at strategic points in the composite and fed by the truck's hydrogen battery. The remote control, activated by the driver just before his suicide, was adjusted to the depth of the water at the foot of the dike. It activated the magnetrons as soon as the trucks reached the bottom. The bombardment of electrons ionized the gas, which transformed into plasma and reached a
temperature of 3,500 degrees centigrade. In five seconds, the plasma attained critical level, became unstable and exploded, generating an apocalyptic ball of fire as hot as 10,000 degrees centigrade...
The dike instantaneously transforms into boiling magma, for as far as several hundred meters from the explosion. Whipped into vapour, the sea recedes and generates a column of blazing hot steam that pierces the clouds above. Then the sea comes on again, more furious than ever, in a tidal wave of millions of tons of water that breaks onto the melting dike and razes it down like a piddling heap of sand, with a new emission of a mushroom cloud of Dantesque proportions. The sea floods into the Ijssel Lake and onto the neighboring polders, a black cliff of foaming water charged with debris, crushing all in its passage. Other gigantic waves follow immediately after, completing the work of destruction, ripping large breaches in the Afsluitdijk, already cracked with fissures and snaking chasms. The waves overwhelm the coastal dikes, and far from losing potency, drown thousands of square kilometres of lowlands under chalky, tumultuous waters.
The double plasmatic explosion induces an electromagnetic shockwave as well. It spreads with lightning speed, immediately destroying all electric or electronic appliances under tension, one hundred fifty kilometres around. It reduces the entire country, save Limbourg and southern Brabant, to silence and darkness. The lights sputter out. Cars, trains, subways stop. Airplanes fall from the sky. Televisions explode. Radios fall quiet. Computers crash. All telecommunications are interrupted. In hospitals, scanner and dialysis machines stop functioning, tele-surgery devices remain planted in the flesh of patients. Windmills cease turning, electricity plants
cease furnishing current. Hydraulic pumps stop, canals swell and spill over. Hydroponics hothouses and factory farms fade into black cold. Traffic lights are cut, GPSs spin without purpose, flux controls for freeways are devastated. The lighthouses go out, boats break down and float at the mercy of the tempest. Factories cease production. Police, ambulances and fire-fighters are paralysed.
The Netherlands plunges into chaos, a quarter of the country submerged. Over all this hell, the hurricane screams, bashes and spreads, indifferent to the outcome of humanity.

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TULIPS

...And now, my dear friends, the moment you've all been waiting for! We are going to name the winner of our game "Any Dumber and You'd Die" -- that lucky person who's uttered the most outrageously stupid thing during the course of our pitiless testing. The happy winner will inherit a splendid lodging in the prestigious Swiss enclave of Sion, amongst the elite of the elite, in an environment that has been to-tal-ly preserved. But first, let me introduce this charming love nest, offered by our sponsor ReBuilt...


It really is dumb, sighs Aneke Schneider, sprawled on the living room sofa of her home in Swifterbant, at the north end of the Flevoland polder. An unlit joint in her hand, she watches without interest "Any Dumber and You'd Die" on her mural-TV, a 100%
idiotic show by the well-known game show host Win Binker, "favored by ten million Dutch," or so it claimed. Aneke wants to switch stations, but the herb that Rudy grows is just too good. She doesn't know where she's buried the remote control, and she's too
comfortable to get up and look for it. From time to time, she casts a less-vague eye on her 4-year-old daughter Kristin, lying on her stomach on the rug, diligently slaughtering alien monsters on her Babybox console. It grumbles, blares and booms at regular intervals, all of which Kristin punctuates just as regularly with a "Yeah! I got him!"
I better go make something to eat, Aneke thinks, heaving another sigh. It's almost seven o'clock and the kid must be hungry...And I better go take a look at the hothouses. For a storm rages outside, the wind roars and the rain rattles on the awnings. She fears
there must be some damage. Taking a look at the hothouses consists simply of going into Rudy's office, waking the computer, surveying the series of cameras and the various controls: temperature, hygrometers, pH of the tanks, low levels of the diffusers, etc. But even that effort seems superhuman to her. Aneke has a tendency to smoke too much when Rudy is not there. It's one way to face her boredom and loneliness, she rationalizes. Nonetheless she feels a certain guilt. At thirty-five, she should be letting up on it.
And then, she's really wasting her time in front of "Any Dumber and You'd Die," while Rudy is in Brussels facing the Agricultural Commission, struggling to defend his union... Rudy cultivates flowers, the celebrated Dutch tulips, among others. That's maybe not too original, but it's better than producing featherless transgenic chickens in homeostatic factories for the FAO. The tulips of Holland are
threatened now by savage competition with China, where, Aneke imagines, the farmers employ thousands of seven-year-old children, paid two Yuan a day to break their backs replanting Universal Seed shoots. Plus, the European Agricultural Commission had reduced, again, their subsidies to Dutch horticulturists, forcing them to sell at higher prices in a market that was already not exactly
thriving. Who has the means to buy flowers nowadays? With all these factors, a small farmer like Rudy risks being forced into bankruptcy, and soon.
That prospect demoralizes Aneke. And then the Flevoland, its mournful flatness and non-landscape depresses her. She misses her native Bavaria, where there are real mountains and actual vegetation. That's really why she smokes so much. The Babybox emits a loud Rrooarrr-fiiiiu-BOOM-arrrgh. That too, irritates her.
"Lower the sound, sweetie," she mumbles. "You have to stop now anyway -- it's time for dinner."
"Oh no, Mom! I'm almost finished!"
Suddenly everything switches off. The Babybox. The wall-TV. The lights. The heating.
"Mom! It's not working anymore. And it's all black!"
"That must be on account of the storm. Don't move, honey, and I'll go get some candles."
"Mom, I'm scared..."
She starts to sob. Aneke makes her way back to her daughter by feel, and Kristin wraps her arms tightly around her legs.
"It's nothing, little baby, just the storm. The lights will came back on soon. While we wait, we'll light candles and put them all over.
That'll be very pretty."
"Like at Christmas?"
"Yes, just like..."
Aneke interrupts herself, listening tensely. A strange sound has arisen outside, rapidly dominating the normal ruckus of the storm. A vast grumbling, an enormous liquid rolling sound...and it's growing louder and louder. Absorbing all other sounds.
"What is...Kristin, let go of my legs!"
Aneke unclasps her daughter, who starts bawling, and quickly feels her way to the window, bumping into the coffee table in passing. She raises the blinds, using the handle, since the remote no longer works. And in the purplish obscurity of dusk, she sees...
She can't believe her eyes. Swifterbant is three kilometres from the Ijssel, she cannot be seeing that. And yet...
A wave. Gigantic. A wall of black and shining water fringed with pale foam, that rolls and approaches with its hellish lament, swallowing everything in its liquid belly. Rolls and APPROACHES. APPROACHES.
"Sweetie! Go hide..."

Useless. Derisory.

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