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A Manual for the Cosmopolitan: How I Succeeded Internationally - Le Manuel du cosmopolite : Comment j’ai réussi à l’international

by Michel Loubry, Editions Yago, 2007, translated by Teia Maman

Chapitre 9 - Chapter 9

De la tolérance

En remontant l’Europe du sud vers le nord, on constate que les fenêtres se dégarnissent progressivement de rideaux. On pourrait y voir la nécessité de compenser la faiblesse de l’ensoleillement, et ce manque y participe certainement, mais il se mêle à la volonté de ne pas faire obstacle au timide soleil un besoin de « transparence » directement issu de la religion protestante : « Si l’on n’a rien à cacher, pourquoi aurait-on besoin de se protéger derrière des voilages ou des rideaux ? ». Ne rien cacher, c’est également ne pas mentir, même par omission. Il existe donc un fossé entre la « diplomatie » des pays du Sud et l’importance de la sincérité intégrale pratiquée dans les cultures du nord de l’Europe.
Ainsi, lors d’une pendaison de crémaillère, il est courant de s’extasier, en France, sur une décoration dont on ne voudrait pour rien au monde dans son propre foyer. Cela s’appelle la politesse, et met de l’huile dans les rouages sociaux, sans rien retirer à la rigueur morale de ceux qui s’adonnent à ces mensonges de circonstance.

Un petit mensonge ou une vérité trop dure ?

Dans ce genre d’occasion, plus on s’éloigne de l’équateur, et plus le jugement tranché remplace le commentaire non compromettant.
Les Français, en particulier, se font un devoir de manier le verbe avec finesse, de choisir les bons mots au bon moment et surtout, ils répugnent à chagriner inutilement leurs interlocuteurs. Ils ne sont pas en quête d’un long fleuve tranquille de vérité absolue, mais manifestent une véritable aptitude à la navigation entre les eaux opposées de la vérité et du mensonge. En bons Latins, ils considèrent qu’un petit mensonge vaut mieux qu’une vérité trop dure à entendre, et qui pourrait entraîner de fâcheuses conséquences. La paix leur importe plus que la vérité. D’ailleurs « toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire » est une locution couramment employée sous les cieux hexagonaux, comme la litote « vous n’avez pas totalement tort » ou le compromis « c’est un point de vue », suivi d’une ligne entière de points de suspension dans lesquels on peut faire passer un éventail de sentiments, allant du léger doute à la franche réprobation.

Plus on va vers le Nord, particulièrement dans les terres calvinistes, plus on refuse l’éventualité de ne pas, en toute occasion, dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Un mensonge est contraire à l’éthique : aussi une vérité, même déplaisante, sera formulée sans concession, d’où la réputation de nos voisins nordiques d’être des gens très directs.
Et d’où les malentendus entre Européens du nord et du sud, particulièrement lorsque des Français sont concernés, pour lesquels la lecture entre les lignes et la compréhension à demi-mot sont des sports nationaux, comme l’allusion et le sous-entendu (qui, lorsqu’ils se jouent en équipes, se nomment « connivence » ou « jargon »).

Un patron de l’Europe du nord en a fait la douloureuse expérience lorsqu’il a cherché à racheter une grande société française : « Je ne comprends pas les Français », expliqua-t-il, « mon interlocuteur change de discours comme de chemise, il énonce un argument le lundi, un autre le mardi, encore un troisième le mercredi. Et comble de tout, le jeudi, il affirme n’avoir jamais changé de discours. »

Il n’avait pas totalement tort… Mais son interlocuteur non plus : il ne voulait pas vendre son entreprise ; cependant, plutôt que de heurter de front cet étranger, il essayait de lui faire comprendre son refus de façon détournée. Peine perdue : l’Allemand attendait un message clair et simple, un « oui », un « non », voire un « je ne sais pas » et il était, en lieu place, confronté à des atermoiements qui ne cadraient pas avec ses propres schémas mentaux.
On dit que pour parler affaires, on utilise l’anglais, que pour évoquer la guerre l’allemand est plus adapté, et que le français convient au langage de l’amour. De fait, il permet finesse, subtilité et raffinement, ce qui se marie bien au registre de la séduction ; mais dans les négociations commerciales, le message peut se révéler brouillé. Entre interlocuteurs partageant le même fonctionnement, il peut déjà se produire des incompréhensions, voire des contresens ; et lorsqu’on ajoute la dimension culturelle aux obstacles « naturels », on multiplie les chances (malchances) de malentendus.

Pour que le message soit compréhensible à l’interlocuteur, il faut non seulement le traduire mais le sous-titrer, c’est-à-dire l’adapter à sa culture et à son mode de fonctionnement. En négociations comme en conduite automobile, il existe des codes et des priorités.
En bonne logique, la priorité à droite de la négociation, c’est que le demandeur donne la priorité : celui qui veut faire passer son message doit s’adapter à son interlocuteur et non l’inverse.

Cet usage découle du bon sens, mais il est élevé, dans les Pays du nord de l’Europe, au rang de vertu : la tolérance. De fait, celle des Hollandais était proverbiale jusqu’à l’assassinat du cinéaste Theo Van Gogh. Les Pays-Bas étaient la patrie du mariage gay, de la libéralisation de la drogue et des bicyclettes sans antivol.
Cette tolérance est, pour les pays tiers, l’aune à laquelle on mesure sa propre ouverture d’esprit politique. À l’intérieur, elle est également mise en avant, mais plutôt comme preuve de modernité. Pour autant, c’est un concept dont la traduction sociale soulève des questionnements : si, en effet, la tolérance et la liberté individuelles semblent illimitées à l’étranger, elles cohabitent avec un contrôle social extrêmement rigoureux et avec l’expression d’opinions sévères, voire ségrégationnistes, entre différentes communautés nationales. Si le contrôle social est important dans tous les pays, il l’est encore plus dans ceux où l’obligation de transparence et d’honnêteté intellectuelle se fait au détriment de la vie privée.

Rideaux et vacances

Aux Pays-Bas, l’urbanisme est programmé et contrôlé par l’État. Le développement urbain s’effectue quartier par quartier, chacun d’entre eux conçu de manière identique, avec des rues réservées aux habitations modestes des ouvriers et employés, puis d’autres destinées à la petite et moyenne bourgeoisie, dont les maisons sont un peu plus grandes et possèdent un peu plus de terrain.
Dans ces rues, toutes les maisons sont identiques afin de ne pas faire de jaloux. Elles ne possèdent ni clôture ni rideaux, ce qui rend le contrôle social aisé. Le dernier quartier ajouté, quand tout le reste est terminé, est le quartier riche où, sur chacune des grandes parcelles clôturées, chaque propriétaire peut faire construire sa maison individuelle, au sens le plus littéral : patrimonial, mais aussi architectural. Habiter un tel quartier signifie avoir le revenu correspondant, avec la voiture assortie, la garde-robe idoine et même la destination de vacances en caravane concordant avec le reste.

Mes enfants étaient scolarisés dans une école internationale dont les dates de vacances différaient de celles des écoles hollandaises. Notre retour de sports d’hiver en plein trimestre scolaire nous a valu d’être qualifiés « d’anti-sociaux » par un autochtone pour qui le bronzage hors saison était un signe d’incivilité. Nous nous étions rendus coupables d’originalité en nous offrant des loisirs qui ne correspondaient pas au standing du quartier populaire où nous avions trouvé la seule maison à louer de toute la région.
Les pays latins fonctionnent de façon diamétralement opposée : maisons individuelles quel que soit le statut social, les différences étant abritées derrière des barrières et des volets, chacun menant sa vie à son gré, à son rythme et selon ses moyens.
L’expatriation n’implique pas seulement l’apprentissage d’une langue étrangère et d’une culture différente ; elle peut aller jusqu’à la nécessité de se faire conseiller pour le choix de son lieu d’habitation, car dans certains pays, le quartier correspond à un train de vie et à une classe sociale.

Ce qui ne met personne à l’abri d’un problème de voisinage !

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Tolerance

In travelling up to Northern Europe from the south you notice that people cover their windows less and less often with curtains. We can recognize the necessity to compensate for the decreasing amount of sunlight, which certainly accounts in part for the motivation to interpose no obstacle to their timid sun, but mixed in with this is a need for "transparency," which arises directly out of Protestant beliefs.
"If you have nothing to hide, why shield yourself behind shutters and drapery?" To hide nothing equates to telling no lies, even by omission. That creates a gap between the "diplomacy" of Southern Europe cultures and the sincerity so integrally important to Northern Europe cultures.
For example, at a house-warming party in France, it is common to gush ecstatically over some decoration that you would not for the world want to have in your own home. That is called politeness, and it greases the rusty wheels of society, without the least affecting the moral rigor of those who use these "white lies."
 

A White Lie or the Brutal Truth?

In that kind of situation, the farther from the equator you travel, the more you will find frank judgment replacing fictitious but non-compromising comments. The French particularly make it a duty to handle their words with finesse, and to choose the right word at the right moment. Above all, they recoil from needlessly upsetting their listeners. They are not in search of some long tranquil river of absolute truth, and they show true skill in navigating between the two opposing currents of truth and lie. As good Latins, they believe a diplomatic untruth is better than a hard truth, a truth that could provoke undesirable consequences. Peace, to them, is more important than precision. Consider the saying heard daily in the streets of France, "Not all truths are meant to be uttered," or the dryly understated, "You are not absolutely wrong," or the conciliatory "That's one point of view," followed by an entire line of suspension points...where a whole range of sentiments could be spread, ranging from slight doubt to utter condemnation.
And that is where so many understandings arise between Europeans of the north and of the south, especially where the French are concerned. For them, reading between the lines and comprehending the half-spoken word are national sports, as is allusion and suggestion (which, when they play on teams, is called "collusion" or "jargon").
A propos, a Northern European supervisor underwent a painful experience when he tried to buy out a large French company. "I don't understand the French," he explained. "Their representative changed the objective like he would his shirt; he'd state one thing on Monday, another on Tuesday and yet another on Wednesday. And to top it all off, he insists he's never changed his intentions."
He was not totally wrong.... But neither was the Frenchman. He did not want to sell his company. However, rather than to offend this stranger, he tried in a roundabout way to make him understand he was refusing to sell. The effort was lost on the German, who was expecting a clear and simple message, a "yes" or "no" or even "I don't know," but who found himself confronted with procrastination and temporizing, and that did not penetrate his own mental configuration.
They say that to talk business, English works well; to evoke war, German is well-adapted, and to speak the language of love, French suits best. It's a fact that French allows a finesse, subtlety and refinement that fit the tone of seduction, but in commercial negotiations, the message can get a bit foggy.
Even between speakers sharing the same basic premises, language can produce incomprehension, even total miscomprehension, and when you add the cultural dimension to the "natural" obstacles, you multiply the chance of misunderstandings.
For a message to be understandable to the listener it must be not only translated but also furnished with sub-titles, that is, it must be adapted to his or her culture and way of seeing the world. Negotiating is like driving a car -- there are rules and priorities. Logically, "priority to the right" in negotiations means that the person asking for something cedes priority; he is the one who wants to get his message across, and he should adapt himself to his client and not the other way around.
This usage proceeds from good sense, but in the countries of Northern Europe, it is elevated to the highest level, a virtue even: the virtue of tolerance. That of the Dutch was proverbial up until the assassination of the filmmaker Theo van Gogh. Holland had been the land of gay marriage, legalisation of drugs and unlocked bicycles. That kind of tolerance is, for other peoples, the coin by which we measure our own political open-mindedness, and it as also vaunted as a proof of modernity.
For all that, it is a concept whose social applications bring up many questions. In effect, tolerance and individual liberty may seem, to foreigners, unlimited, but they exist side by side with extremely rigorous social constraints and with the expression of narrow, even segregationist opinions, between different national communities. If social restraints are important in all countries, it is even more so in those where the obligation to transparency and intellectual honesty is practiced to the detriment of a private life.

Curtains and Vacations

In the Netherlands, urbanism is programmed and controlled by the State. Urban development progresses neighbourhood by neighbourhood, conceived in an identical manner, with some roads reserved for modest homes for manual labourers and blue-collar employees, and other roads destined for white-collar and professional people, whose homes are a bit larger and have a bit more land around them.
In these roads, all the houses are identical, so as to not produce covetousness among neighbours. They have no fences or curtains, which makes social control easy. The last neighbourhood to be added, when the rest are finished, is the rich quarter, where each large parcel is fenced, and owners can build their homes individually, in the literal sense, according to their heritage and architectural bent. To live in such a neighbourhood means you have the income to afford it, and the car, clothes and even camper-car vacation spots to match.
My children attended an international school where the vacation dates differed from those of the Dutch schools. By returning from winter-sports trips right in the middle of the school semester, we earned the label "anti-social" by a local, to whom an out-of-season tan was a sign of uncivil behaviour.  We rendered ourselves guilty of non-conformism by treating ourselves to leisure activities that did not fit the status of the local neighbourhood, where we had located the only house available to rent in the entire area.
Latin countries function in a diametrically-opposed fashion: individual houses can harbour people of any social status, their differences being hidden behind barriers and shutters, where they lead life however they want, at their own rhythm and according to their own means.
So becoming an expatriate does not just imply have to learn a foreign language and all about a different culture; it can also mean having to seek out advice as to the choice of one's residential area, because in certain countries, each neighbourhood corresponds to a distinct way of life and social class.
Even so, we are all apt to encounter "problems with the neighbours!"
 
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