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The Gates of Doregon - Les Portes du Doregon

by Carina Rozenfeld © Librairie L’Atalante, 2010, translated by Teia Maman

Book One, Chapter Two - Premier livre, Chapitre deux

La rencontre

L’ENTRE-TEMPS m’accueillit dans le velours de sa nuit éternelle. C’était un refuge provisoire, le temps
que Moone me retrouve, et je savais qu’il finirait par y arriver. Je regrettais amèrement de lui avoir fait confiance par le passé. De lui avoir transmis juste un peu de mon pouvoir… Mais je l’aimais tant à l’époque. Comment aurais-je pu deviner qu’il allait devenir cet être vil et mauvais ?
J’explorai les entrelacs du temps pour constater que nos existences présentes n’avaient pas été encore modifiées par mon intervention dans le passé. Jusqu’à quand ? Je n’en avais aucune idée.
Toutefois, j’avais un moment devant moi pour le découvrir. Je poussai un soupir, qui se perdit dans le néant de ce lieu improbable. Je me sentais vide. Vide de mon histoire, de ma vie, de Doregon… et de Josh. 
Je n’osais pas revenir en Doregon. J’ignorais comment j’allais retrouver mon monde. Il valait mieux rester dissimulée ici, attendre et voir quel serait le prochain mouvement de Moone pour m’y adapter. Je le connaissais assez pour savoir qu’il n’abandonnerait pas. Il chercherait à récupérer la parcelle de pouvoir qui lui manquait coûte que coûte. Mais je l’avais bien caché : où il était actuellement, Moone n’irait pas le chercher et c’était le plus important. Josh en prendrait soin, malgré lui. 
Je me détendis peu à peu et passai une main sur ma joue encore humide. 
J’étais toujours sous le choc de ma rencontre avec Joshua. Il n’avait pas disparu depuis très longtemps, mais le revoir en vie m’avait fait réaliser combien ma mémoire ne lui rendait pas hommage. J’avais oublié l’intensité de son regard, la largeur de ses épaules, la finesse de ses mains, la beauté de son sourire. J’avais oublié son parfum, qui m’entourait quand je me blottissais contre lui. Comment avais-je pu effacer de mes souvenirs les petits plis aux coins de ses yeux ? Le piquant de sa barbe de trois jours contre ma joue ? La profondeur de sa voix ? Il m’en avait coûté de le laisser là, seul dans la librairie. J’aurais voulu rester à tout jamais collée à lui, goûter sa bouche brûlante, l’entendre me murmurer que tout allait bien se passer. J’avais tant besoin de lui. Depuis la première minute où la vie nous avait mis face à face. 
Les larmes revinrent me piquer les yeux. Si je m’écoutais, je serais déjà de retour dans sa petite boutique chaleureuse à l’odeur de papier et de bois ciré, où sa présence était une telle évidence… Mais c’était impossible, malgré l’envie dévorante qui désagrégeait mon coeur.
Il me fallait rester ici, dans l’Entre-Temps, cet espace indéfinissable où le passé, le présent et le futur se rencontraient, où tout s’était déjà déroulé mais où rien n’était encore écrit. La première fois que j’y étais venue, c’était au moment de mon initiation, alors que j’apprenais tout juste à maîtriser les pouvoirs du Secret. J’étais revenue terrorisée de ce lieu, ce qui avait beaucoup fait rire Garmon : ce néant, ce silence absolu, ces lignes invisibles et pourtant brillantes qui brûlaient les yeux quand on se concentrait. Contempler le schéma du temps est quelque chose de douloureux, qui coupe le souffle, qui accélère les battements du coeur. Là, on touche au divin, à l’espacetemps, à l’improbable. Si j’avais pu, je serais allée trouver Stephen Hawking pour lui raconter que, contrairement à ce qu’il avait imaginé, le temps n’est pas une spirale mais une autoroute géante où toutes les histoires défilent, avancent, s’arrêtent, disparaissent, prennent des embranchements mystérieux.
Mais je n’avais pas le droit de divulguer le Secret, aussi le pauvre Hawking resterait-il enfermé dans sa théorie…
Je fermai les yeux. Maintenant, l’Entre-Temps ne me faisait plus peur. Et j’éprouvais même du réconfort à m’y retrouver à cet instant. J’avais changé le passé et c’était ici, et seulement ici, que je pouvais attendre que l’histoire se redessine, que la Mia que j’avais laissée dans le passé puisse revivre les événements qui m’avaient menée jusqu’au Secret et que je me rencontre à nouveau, dans l’embranchement du présent. Je ne savais pas combien de temps cela prendrait. Les événements se reconstruiraient tous les uns après les autres. Mes souvenirs n’étant pas encore altérés, cela signifiait que mon intervention n’avait pas encore eu d’impact sur moi. Mais cela ne saurait tarder. D’autant que je n’avais pas choisi de retrouver Joshua ce soir-là par hasard. C’était la veille de notre rencontre, celle qui allait tout déclencher et nous mener vers le présent que j’avais quitté au moment où je m’étais enveloppée dans ma cape…
Comment allais-je percevoir les choses ? Mes souvenirs actuels disparaîtraient-ils ou cohabiteraient-ils avec les nouveaux ? C’était possible, puisque je me trouvais dans l’EntreTemps. J’y étais encore moi, et je pouvais être à la fois tous les moi possibles, tous ceux que l’histoire modèlerait en fonction des événements. 
Au moment de ma « première » rencontre avec Josh, je n’avais pas encore le Secret en moi. Je devais en hériter quelques heures plus tard. Mais cela aurait-il encore lieu ?
Maintenant que j’avais ouvert la brèche en jouant avec le temps, Moone ne se gênerait pas pour agir de même. Il savait où aller chercher le Secret avant qu’il ne devienne mien. Il pouvait l’intercepter avant que tout arrive. Mais je doutais que Garmon, le Veilleur précédent, le laisse faire. En attendant, le Secret était au chaud chez Josh. Quoi qu’il arrive, tout n’était pas perdu.
Ma respiration s’accéléra. Je m’enviais. J’enviais celle que j’étais et qui allait croiser la route de Josh dans quelques heures. Celle qui allait rencontrer son regard bleu nuit à la profondeur de firmament, son sourire en coin quand il se moquait de moi, ses mains fines et douces quand elles caressaient ma joue, le refuge de ses bras… Je fermai les yeux. 
Vivement que les nouveaux souvenirs affluent, ceux du début de notre histoire, certes, mais surtout ceux qui conjureraient sa mort afin que mon passé me rejoigne et que je me retrouve à nouveau au creux de lui… Aujourd’hui…

*

Ce matin-là, Josh ouvrit la librairie comme dans un songe, enchaînant les gestes machinalement, ses pensées encore tournées vers les événements de la veille. Cette fille magnifique, ses yeux, son baiser… Il frissonna en y repensant. Avait-il rêvé tout cela ? C’était tellement… surréaliste ? Il ne trouvait même pas le mot juste pour exprimer ses sensations. 
Il défit le verrou, releva le store, tourna le petit panneau sur la porte du côté « ouvert ». Ses yeux balayèrent rapidement les rayonnages à la recherche d’un livre mal rangé. Il savait qu’il n’en trouverait pas. Hier soir, après la visite de l’inconnue, il avait ressenti le besoin de s’occuper l’esprit. S’il était remonté chez lui tout de suite, il aurait pensé, sans arrêt, à ce qui s’était passé. Le meilleur dérivatif possible, c’était les livres. Toujours habité par cette chaude vibration, il avait frénétiquement inspecté chaque étagère, trouvé les intrus dans les rayons, réorganisé la bibliothèque dédiée aux guides de voyage, refait les piles sur les tables… La librairie était impeccable.
Une seule rencontre, quelques secondes d’une visite improbable, et son quotidien avait explosé. Quand il était remonté chez lui (il vivait trois étages au-dessus de la librairie), il avait été incapable de se concentrer sur son devoir pour la fac. Il avait zappé sur la centaine de chaînes du câble sans provoquer l’ombre d’un changement d’humeur susceptible de lui faire oublier sa mystérieuse
visiteuse. Son image tournait dans son esprit comme une chanson obsédante. Il ne se souvenait pas s’être mis au lit, ni même avoir dormi. Mais le matin était là, morne dans sa grisaille hivernale. 
Satisfait de l’état de la boutique, il prit place derrière le comptoir, attendant le premier tintement de la porte signifiant l’arrivée d’un client. Malgré lui, il ne cessait d’espérer qu’elle reviendrait. Qu’elle lui expliquerait qui elle était, pourquoi elle l’avait embrassé, quel était ce secret qui semblait si important.
Heureusement pour Josh, on était samedi et la librairie ne désemplit pas. La journée passa vite, dans un état de songe presque identique à celui qui avait occupé les heures de sa nuit. À chaque carillon de la porte, il sursautait, scrutait, espérait. 
Et si elle ne revenait jamais ? Non, elle lui avait dit qu’il allait bientôt la rencontrer mais qu’elle ne le connaîtrait pas encore. Josh secoua la tête. Cela n’avait aucun sens. Il ferait mieux d’oublier toute cette histoire et de se convaincre d’avoir rêvé. Il avait une vie, des études à poursuivre, un boulot, il devait rester concentré et ne pas se laisser distraire par des chimères. Le soir finit par tomber, aussi maussade et froid que le précédent. 
À ceci près que, là, Josh n’avait pas froid. Il se sentait brûlant, tel un radiateur irradiant une chaleur produite par chacune de ses cellules. Cet état l’épuisait. Il avait hâte de rentrer chez lui. Dehors, la lumière orangée des lampadaires ne suffisait pas à apporter un peu de réconfort à cette journée placée sous le signe du gris. Lundi, Josh retournerait à la fac, jusqu’au mercredi, avant de reprendre son poste ici pour les trois jours suivants, comme il le faisait depuis un an. Si elle passait durant ces  jours d’absence… Cette pensée lui était insupportable. Mais 
enfin ! Tout cela n’avait pas de sens !
Cette fille avait croisé sa route trois minutes à peine et il se sentait en manque d’elle comme un drogué de longue date ! 
« Stop ! » s’intima-t-il intérieurement. Tout cela devenait ridicule.
La clochette tintinnabula, mais Josh ne daigna pas se retourner, cette fois. Il était las et fiévreux. Il voulait rentrer chez lui, prendre une douche, dormir, afin de compenser la nuit précédente qui avait été agitée, et oublier toute cette histoire.
— Excusez-moi. Monsieur ?

La voix féminine, jeune et chantante, le saisit entièrement. Il se figea et se tourna lentement. La veille, elle n’avait fait que chuchoter. Mais il y avait ce timbre rauque qui caressait ses intonations…
C’était elle, mais vêtue d’un jean usé sur les cuisses, de bottes fourrées genre « je vis sur la banquise » et d’une doudoune épaisse et noire à la capuche bordée de fourrure. Son sac, passé en bandoulière, était fatigué et s’effilochait. Son visage au nez rougi par le froid dépassait des nombreux tours de l’écharpe enroulée autour de son cou. Ses yeux brillaient, un sourire léger affleurait ses lèvres gercées. 
Josh la trouva beaucoup moins impressionnante que la veille, dans cette tenue d’étudiante banale. Pourtant son visage, tatoué dans sa mémoire, fit bondir son coeur. Elle était revenue !
Ses yeux croisèrent les siens, cet abîme de vert émeraude. Il lui sourit, saisi d’une fébrilité difficile à maîtriser.
— Vous êtes de retour, souffla-t-il.
Il se traita encore une fois de fou : comment une fille, en cinq minutes à peine, avait-elle réussi à le bouleverser à ce point ? 
— Pardon ? demanda la jeune femme en fronçant les sourcils.
— Je… Vous êtes venue hier soir, vous vous souvenez ?
— Heu… non. Hier soir, je n’ai pas bougé de l’atelier !
— Mais…
Josh déglutit. Il n’avait pourtant pas rêvé. Puis les mots lui revinrent en tête : « Tu vas bientôt me rencontrer pour la première fois, mais je ne te connaîtrai pas. » Était-ce possible ? Ou alors on lui faisait une mauvaise blague. Instinctivement, ses yeux fouillèrent la rue, de l’autre côté de la vitrine, à la recherche de copains hilares planqués derrière un réverbère. Mais la rue était vide.
— Excusez-moi, répéta la jeune femme d’un ton un peu impatient.
— Oui, pardonnez-moi, comment puis-je vous
aider ?

Il espéra quelques secondes qu’elle lui répondrait
« en m’embrassant aussi passionnément que la veille », mais il dut remballer rapidement ses espoirs.

— Je voudrais offrir à un ami un beau livre de photos. Pourriez-vous me conseiller ?
Josh soupira le plus discrètement possible. La banalité, toujours la banalité. Mais il ne laissa rien paraître de son irritation et fit signe à sa cliente de le suivre dans le fond du magasin.
Les livres de photos étaient artistement disposés de manière à exposer leurs magnifiques couvertures. Il indiqua, d’un geste de la main, la table en question.
— Il y a celui-ci, qui est particulièrement réussi, dit-il en désignant un livre immense où une photo époustouflante s’étalait sur du papier glacé. C’est une compilation des plus belles oeuvres de l’artiste Moone…
Elle sourit en remuant la tête, légèrement moqueuse.
— Merci, mais il l’a déjà. Il aime les animaux. Vous auriez quelque chose en rayon pour un fan de 30 millions d’amis ?
Josh ne put s’empêcher de s’esclaffer. Décidément, cette visite était à l’opposé de la précédente. Mais cela ne le dérangeait pas. Il avait décidé, finalement, de se pencher de plus près sur le cas de cette étrange jeune femme. S’il arrivait à lui poser les bonnes questions, peut-être pourrait-il en apprendre plus à son sujet ?
— Il y a des livres sur les chiens, les chats, les chevaux, les loups…
Il lui montra un ouvrage épais dont la couverture affichait un loup hurlant à la lune pleine et exagérément grosse.
— Oui, il a l’air bien, celui-là, c’est moins niais que les chats du calendrier de la Poste.
Ainsi, elle avait un sens de l’ironie développé. Évidemment, il n’avait pas tellement eu le temps de le découvrir, hier. Pas quand elle l’embrassait avec fougue… Au moins, il lui connaissait déjà cette qualité : elle embrassait divinement bien.
À cette pensée, il ne put se retenir d’observer sa bouche. Bien dessinée, charnue, légèrement entrouverte sur ses dents blanches et régulières.
Elle releva la tête du livre qu’elle feuilletait et lui sourit, le prenant au dépourvu.
— Je vais lui offrir celui-là. C’est parfait. Je suis certaine qu’il adorera.
— Très bien, alors.
Josh était déçu. Il aurait préféré qu’elle explore un peu plus le rayon, lui donnant l’occasion de parler encore avec elle. 
— Je vous fais un paquet-cadeau ?
— Volontiers, merci.
Elle le suivit jusqu’au comptoir d’un pas léger en farfouillant dans sa sacoche, certainement à la recherche de son portefeuille.
Arrivés à la caisse, Josh prit sa place derrière la machine et la jeune femme continua d’explorer les profondeurs de son sac. 
— Oh non ! Quelle gourde je fais !
— Qu’y a-t-il ?
— J’ai oublié mon portefeuille à l’atelier !
— Ah…
— Est-ce que ça vous ennuie de mettre le livre de côté ? Je passerai lundi matin pour le récupérer.
— Je ne serai pas là lundi matin.
— Il y aura bien quelqu’un, non ?
Josh se mit à réfléchir à toute vitesse. Il voulait la revoir, il voulait percer ce mystère, il désirait la connaître. Il y avait un feu en lui qui ronronnait depuis la veille, qui le réchauffait, faisait vibrer chaque cellule de son corps. Son étourderie était un signe du destin, la solution pour provoquer une autre rencontre.
— Euh… oui, mais en principe je n’ai pas le droit de mettre un article de côté. Je veux bien le faire pour vous, mais il faudra revenir un jour où je suis là.
— Quand ça ?
Elle lui posait la question sur un ton un tantinet sarcastique, comme si elle avait deviné qu’il tramait quelque chose.
— Jeudi. Je suis là jeudi, à l’ouverture. Ça ira ?
— Va pour jeudi, alors. Je vous remercie. J’espère que vous n’aurez pas de problème. Je m’en voudrais d’être à l’origine de votre renvoi pour un livre sur les loups qui n’est même pas pour moi.
Josh se sentit rougir et se maudit intérieurement. Il était un bien piètre acteur.
— Non, non, ça ira, marmonna-t-il en décollant un post-it de sa pile. Je le mets à quel nom ?
— Mia.
— Mia, répéta-t-il en goûtant la sonorité de son prénom.
Au moins, il venait d’apprendre autre chose d’elle et pas des moindres.
Il traça rapidement les trois lettres sur le carré jaune et rangea le livre dans les profondeurs du comptoir.
— Et voilà !
— Merci ! À jeudi, alors.
— Oui, à jeudi.
Elle lui adressa un sourire radieux et sortit du magasin en remontant son écharpe jusque sur son nez.
Elle était déjà repartie. Mais cette fois Josh savait qu’elle reviendrait jeudi. Il se sentait fébrile comme s’il avait obtenu un rendez-vous. En secouant la tête, incrédule devant sa propre attitude, il entreprit de fermer la librairie.
Mia…


###
The Meeting

THE BETWEEN-TIME welcomed me into the velvet of its eternal night. It was only a temporary refuge, the time it would take Moone to find me, and I knew he would eventually find me. I bitterly regretted having put my confidence in him in the past. And for having transmitted to him even a little of my power... But of course I loved him so much back then. How could I have guessed he would become this vile, evil being?
I decided to explore the intertwining of time, and saw that our present lives had not yet been affected by my intervention in the past. How long would it take? I had no idea.
However, I had some time before me to find out. 
I gave a deep sigh, but the sound was lost in the oblivion of this strange place. I felt empty. Emptied of my own history, of my life, of Doregon...and of Josh. I dared not go back to Doregon. 
I didn’t even know how I would find the way back to my world. Better off to remain hidden here for now, to wait and see what Moone’s next step would be -- and then figure out how to deal with it. I knew him well enough to know he would never give up. No matter what the cost, he would attempt to recover that bit of power he was missing. But I had hidden it well. Moone would not look for it there and that was the most important thing. Josh would take good care of it, knowingly or not.
I was beginning to relax a little. I wiped my cheeks, wet from my tears even now. 
I was still reeling from the shock of meeting Joshua. Seeing him alive again made me realize how poorly my memory did him justice. It hadn’t been that long since he’d passed away, yet I had forgotten how intense his gaze, how wide his shoulders, how elegant his hands. And the beauty of his smile!
I’d forgotten his odour, which had enveloped me when he took me into his arms. How could I have erased from my memory those little folds at the corners of his eyes? The scratchiness of his three-day beard against my cheek, and that deep voice of his? It had cost me dearly to leave him in his bookstore, alone. I would have liked to stay there forever joined to him, feeling his burning lips on mine, hearing him whisper that everything would be alright. I needed him so much. Since that first second, when life had brought us together face to face, I had needed him.
The tears started to flow again, stinging my eyes. If I’d had my own way, I would’ve hurried back to his cosy little shop, with its smell of paper and beeswax-polished wood. The whole place was permeated with his presence... 
But that was impossible, despite the overwhelming desire to do so clawing at my heart. 
No, I had to stay here in the Between-time, this indescribable space where past, present and future meet, where everything has already taken place but nothing has been written. 
The first time I'd come here was during my initiation, when I was just beginning to learn to master the powers of the Secret. Garmon had laughed at me when I’d come back terrified by its nothingness, its absolute silence, where invisible and yet brilliant lines burn your eyes when you focus on them. Contemplating the design of time is both painful and breathtaking. It makes your heart pound. Here, you touch the divine and all that is improbable. You enter space-time. I would have loved to go find Stephen Hawking and tell him that contrary to what he imagines, time is not a spiral but a giant freeway where all our histories flow, rushing forward, stopping, taking mysterious branches, disappearing. 
But I had no right to disclose the Secret, so poor Hawking would have to remain locked into his theory... 
I closed my eyes. The Between-time no longer scared me. I even felt comforted at finding myself here now. I had changed the past and it was here and only here that I could wait for history to be redrawn, to wait for the Mia I had left in the past to relive the events that had led me to the Secret, and then to meet myself again in this new branch of the present. I didn’t know how long that would take. Events would have to build one upon the other. My memories had not yet altered, which meant that my intervention had not yet caught up with me. But it would soon. Especially since it was not by chance that I’d chosen that precise night to find Joshua. It was the eve of our meeting, the meeting that had set off all the events leading up to the present – that is, the present I had abandoned when I’d wrapped myself up in my cape...
I wondered how my meddling with time would change my perception of things. Would my current memories disappear, or would they co-exist with the new ones? That was indeed possible, because I was in the Between-Time. I was still myself, Mia, here, and I could be all my possible selves simultaneously, all those that history would shape based upon events. 
At the time of my ‘first’ meeting with Josh, I didn’t yet hold the Secret in me. I was to inherit it a few hours later.
But would that still happen? Now that I’d opened a gap by playing with time, Moone would not hesitate to do the same. He knew where to go to find the Secret before it became mine. He could intercept it before the events could unfold. But I doubted that Garmon, the Guardian before me, would let Moone do that. Meanwhile, the Secret was safe and sound with Josh. Whatever happened, all was not lost. 
Thinking about all these possibilities made me start breathing faster and shallower. I envied myself, the Mia that I had been and who would cross paths with Josh in just a few hours. That Mia would meet his eyes, as blue as the night sky and as deep, and see his sly smile when he teased me, his smooth, fine hands when they caressed my cheek, the refuge of his arms... I closed my eyes. 
If only those new memories would arrive, those of our early history of course, but especially those of the events that conspired to bring about his death, so that my past could finally catch up with me and I could find myself engulfed in his embrace again... Today...

* 

That morning, Josh opened the bookstore as if in a dream, performing each gesture mechanically. His thoughts revolved around yesterday’s events. That gorgeous girl, her eyes, her kiss... He shivered as he thought of it again. Had he dreamed it all? It was so…surrealistic? He couldn’t even find the right word to express his feelings. 
He undid the latch, raised the blinds and turned the small panel on the door to "open." His eyes swept quickly over shelves in search of any misplaced books. He knew he wouldn’t find any though. 
Last night, after the mysterious girl left, he felt he could not just go home straight away. He knew he would think incessantly about what had just happened, so he decided to occupy his mind. The best possible distraction was books, so he’d gone through every shelf frenetically, found the intruders among the aisles, reorganized the bookshelf dedicated to travel guides, rebuilt the piles on the tables... all the time under the spell of her intoxicating influence. Yes, the bookstore was impeccable.
One single encounter, an unlikely visit a few minutes long, and his daily routine had exploded. When he had finally gone upstairs (he lived three floors above the bookstore) he’d found it impossible to concentrate on his college homework. He’d then skipped through a hundred or so cable channels, but found nothing capable of changing his mood or making him forget his mysterious visitor. Her image revolved in his mind like a haunting song. He could not remember going to bed, or whether he’d slept. But the morning had come, dreary in its wintry grey.
Satisfied with the state of the shop, he took his seat behind the counter, waiting for the bells hung on the door to ring and signal the arrival of a client. In spite of himself, he kept hoping that she would come back. That she would explain who she was, why she’d kissed him, and what this secret was that seemed so important. 
Fortunately for Josh, it was Saturday and the bookstore was constantly full. His day passed quickly, in a dream-like state almost identical to that which had filled the hours of the night before. Each time the bells on the door rang out, he started and stared, hoping. 
And if she never returned? No, she’d told him he would soon meet her -- but that she would not know him. 
Josh shook his head. It made no sense. It would be better to forget the whole episode or persuade himself he’d dreamed it. He had a life, his studies to pursue, a job, and he needed to concentrate on all that and not be distracted by illusions.
The day finally came to an end and night began to fall, as cold and gloomy as the previous one. Except that this evening, Josh didn't feel a bit cold. He felt hot, as if every one of his cells was an oven radiating heat. This was an exhausting state to be in. He was impatient to go home. Outside, the streetlamps flickered on, but their orange light brought no comfort to this grey, grey day. 
He would have to go back to school from Monday ‘til Wednesday, then he would be back in the bookstore for another three day-stretch, just as he’d been doing for the last year. But what if she came back during the days he was absent...? The thought was unbearable. Oh, come off it! All this made no sense! 
A girl had crossed his path, spent barely three minutes with him, and he felt he needed her as much as a long-time junkie needed his fix! 
This was becoming ridiculous. "Stop!" he said to himself. 
The bells on the door rang out, but this time Josh did not deign to turn around. He was tired and feverish. He wanted to forget the whole thing and go home, shower and sleep long enough to make up for the previous, extremely agitated night. 
“Excuse me, Sir?”
The feminine voice, young and full of melody, seized him. He froze and then turned around slowly. The day before, she had done nothing but whisper. But the same slight huskiness caressed each syllable... 
It was her, but tonight she was dressed in jeans worn out at the thighs, fur boots of the type "I live on a park bench," and a black down jacket with fur-lined hood. Her bag, slung over her shoulder, was worn and frayed. Her face, nose red from the cold, peeked out from atop the many loops of a scarf around her neck. Her eyes shone, and a slight smile played on her chapped lips.
In her plain student-style clothes, Josh found her far less impressive than the night before, yet her face, tattooed on his memory, made his heart leap. She had come back! 
His eyes met hers, a gulf of emerald green. He smiled at her, gripped by an excitement difficult to control. 
“You're back," he whispered.
He berated himself again for being so foolish. How could this girl, in less than five minutes, have managed to shake him up so much? 
“Pardon me?” asked the young woman, frowning. 
“I...You came in here last night, remember?”
“Uh...no. I never left my studio last night!” 
“But...”
Josh gulped. He knew he hadn’t dreamt it. Then her words came to mind: "You will soon meet me for the first time, but I won’t know you yet.” Was it possible? Or was someone playing a joke on him? Instinctively, his eyes swept the street and the sidewalks beyond the front windows, searching for friends hiding behind a lamp-post giggling. 
But the street was empty. 
“Excuse me,” repeated the young woman in a slightly impatient tone. 
“Yes, sorry about that. How can I help you?” 
For an instant, he hoped she would answer, "By kissing me as passionately as yesterday,” but he had to let that wish go. 
“I’d like to buy a friend a photography book, a really beautiful one. Could you help me?” 
Josh sighed, as quietly as possible. Banality, always banality. But he didn’t let his irritation show, and gestured to his client to follow him toward the back of the store. 
The photography books were artistically arranged to expose their beautiful covers. He indicated the table in question with a wave of his hand.
 “This one here is especially attractive,” he said, choosing an immense book with a stunning photo spread on its glossy cover. “It’s a compilation of the most beautiful works of the artist Moone...” 
She smiled a bit mockingly and shook her head.
“Thanks, but he already has it. He loves animals -- would you have something on the shelf for a fan of the ‘30 Million Friends’ show?” 
Josh could not help but laugh. This visit certainly was a contrast to the previous one. That didn’t bother him, because he’d decided to explore this strange young woman's situation, and if he could hit on the right questions, maybe he could learn more about her. 
“We have books about dogs, cats, horses, wolves...”
He showed her a thick book whose cover displayed a wolf howling at a blown-out-of-proportion full moon. 
“Yes, this one looks fine, not as silly as the cats on the Post Office calendar.” 
So, she had a well-developed sense of irony. Of course he hadn’t had the time to find that out yesterday. Not when she was passionately kissing him... At least he already knew one thing about her: she kissed divinely. 
At this thought, he could not help but look at her mouth. Well defined, full lips, slightly open to reveal her white, regular teeth. 
She looked up from leafing through the book and smiled, taking him unawares.
“I'll give him this one. It's perfect. I’m sure he’ll love it.” 
“Okay, great.” 
Josh was disappointed. He would have preferred that she do a bit more exploring among the aisles, to give him the chance to talk with her longer. 
“Shall I wrap it up as a gift?” 
“Yes, thank you.” 
She followed him to the counter with a light step, digging around in her purse, probably in search of her wallet. 
Josh took his place behind the cash register, and the young woman continued to explore the depths of her purse. 
“Oh no! I'm such an idiot!” 
“What is it?”
“I forgot my wallet in my studio!” 
“Ah...”
“Would it be possible to put the book aside for me? I’ll come by Monday morning to get it.”
“I won’t be here Monday morning.”
“Well, someone will be, right?”
Josh started to think at top speed. He wanted to see her again, he wanted to solve this mystery, and he yearned to get to know her. There was a fire in him that had been simmering since yesterday, that was heating up and making every cell of his body tingle. His giddiness was a sign of destiny, and the solution to force another meeting. 
“Uh...yes, but in principle I’m not allowed to put items aside. I’m willing to do it for you, but you’ll have to come back on a day I'm here.” 
“And when will that be?”
She asked the question with just a hint of sarcasm, as if she guessed something was going on.
“Thursday. I'm here Thursday at opening time. Is that okay?”
“Yes, Thursday’s fine. Thank you. I hope you won’t get into any trouble. I’d hate to be the cause of your getting fired for a book about wolves that isn’t even for me.”
Josh felt himself blush and cursed inwardly. He was worse than mediocre as an actor. 
“No, no, it’ll be okay,” he muttered, taking a post-it from its pad. “What name shall I put on it?” 
“Mia.”
“Mia," he repeated, tasting the sonority of her name. 
At any rate, he’d just learned something else about her, and not the least insignificant. 
He quickly traced the three letters on the yellow square and arranged the book in the depths under the counter.
“And there we are!” 
“Thanks! Until Thursday, then.” 
“Yeah, Thursday.” 
She gave him a radiant smile and left the store, pushing her scarf back up over her nose. 
She was gone, already. But this time Josh knew she would return Thursday. He felt excited, as if he had asked her out and gotten the date. Shaking his head in disbelief at his own attitude, he began closing the bookstore. 
Mia... 

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