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The Wolves of Prague - Les Loups de Prague

by Olivier Paquet, © Librairie L’Atalante, 2011, translated by Teia Maman

Chapter One - Chapitre 1

D’UN ACTE, MILLE VARIANTES

Václav courait pour suivre Janík et Antonín. Un vent frais balayait la poussière des rues, faisant frissonner les feuilles naissantes sur les arbres. Les trois hommes longeaient les immeubles et fuyaient la lumière des réverbères.

Une heure auparavant, ils s’étaient retrouvés à la station Flora du métro. Ils ne se connaissaient pas. Ils savaient seulement qu’ils porteraient tous un lapin en chocolat : Pâques approchait. Janík avait l’air franchement le plus ridicule. Il se demandait comment tenir l’objet et semblait se débattre avec, empêtré dans son allure massive et musculeuse. Antonín n’affichait pas la même gêne, une élégance naturelle lui conférait de l’allure, même avec un lapin couvert de papier multicolore. L’intelligence de son regard avait réconforté Václav. Il ne voulait pas que sa vie repose dans les mains de cette brute de Janík.
Une fois réunis, ils avaient jeté leurs lapins en chocolat dans la première poubelle venue et s’étaient dirigés vers la voiture d’Antonín.

Ils s’étaient garés à plus de cinq cents mètres de l’objectif. Les sacs pesaient lourd et Václav s’était inquiété en voyant Janík glisser un pistolet dans sa ceinture.

« Vous ne m’avez pas dit que le bâtiment était sans risque ?
— Ça ne signifie pas qu’il est désert, avait grogné Janík. La sécurité est principalement passive, sauf la nuit, des gardes y demeurent en faction. Nous les éviterons, mais au cas où…
— Au cas où, oui. Seulement pour nous défendre. »
En guise de réponse, le mercenaire avait enfilé un bonnet puis refermé le coffre de la voiture. Ils étaient partis immédiatement.

En approchant de l’objectif, Václav en vint à regretter sa participation. Il était en congé pendant deux jours et une excursion à sa cháta, sa maison de campagne, aurait été plus convenable. Avec l’arrivée du printemps, le travail s’accumulait dans le jardin. Olga adorait s’occuper de l’intérieur et s’ingéniait à redécorer chaque année le salon. Depuis la naissance de leur fils, Pavel, elle se montrait encore plus joyeuse que d’habitude. Elle avait naturellement accepté d’aller seule à leur résidence secondaire : Václav lui avait promis de la rejoindre lorsqu’il aurait terminé un petit boulot. Tendre et brave Olga ! Une fille toute simple, rencontrée lors d’un reportage à l’Hôpital
général. Il l’avait remarquée pour son sourire et son caractère joyeux. Il n’avait pas été difficile de la séduire. Ce soir, Václav s’en voulait de ne pas être avec elle et de lui avoir menti : elle n’aurait pas compris.

Qui pourrait croire que Václav Matransky, grand reporter de la MT2*, se transformait en terroriste la nuit ? Qui penserait qu’il appartenait au seul mouvement de résistance contre le pouvoir du Commandeur Bláha ? L’ancien pouvoir avait été
renversé huit ans plus tôt, mais personne n’était parvenu à chasser l’armée. Ce régime autoritaire aurait une fin. Václav et son groupe avaient juré de lutter et de combattre jusqu’à ce que démocratie s’ensuive.

* Mesto Televize

Ce soir, ils lançaient leur premier coup d’éclat : l’annonce du changement. La préparation avait été longue, minutieuse. Elle se basait sur un fait que toute la population reconnaissait :
les systèmes de sécurité des bâtiments officiels semblaient fragiles. Le Commandeur avait une telle confiance dans son autorité et dans sa puissance qu’il avait allégé tous les dispositifs de défense depuis quatre ans. Ce soir, cette confiance serait brisée.

Les pavés brillaient de reflets jaune orangé quand le trio passa sous des arcades. L’atmosphère devenait étouffante, silencieuse et triste. La Ville dormait, à la lumière des réverbères. La rue accusant une pente prononcée, le groupe coupa par un escalier et accéléra le pas. Ils arrivèrent en vue de leur
objectif : un immeuble récent, à la façade en verre dépoli. Coincé dans un carrefour, il jaillissait comme une saillie de cristal au milieu des frontons de pierre. Dans l’anonymat de son rez-de-chaussée, on ne pouvait détecter l’importance du bâtiment.
La bijouterie aux rideaux d’acier juste à côté n’aurait pas pu servir pour acheter un mètre carré de cet immeuble. Douze étages de technologie précieuse et efficace. Un point vital.

Le centre de contrôle du civi-satellite.

Les trois hommes se cachèrent à l’abri d’un porche de bois, sous les gueules menaçantes de lions sculptés. Václav leva la tête, cherchant dans la nuit les éclats clignotants du civi-satellite. Les lumières parasites de la Ville l’en empêchaient. Il ne voyait que le réseau des circuits de renouvellement d’air posé entre ciel et terre. Il pouvait entendre la faible respiration des
turbines avalant l’air pollué par les usines et les véhicules, et recrachant un air plus léger et pur. La structure massive du réseau pulsant s’étalait sur la Ville et sa périphérie, quadrillant le ciel. Fugitivement, Václav crut percevoir de la lumière dans les canaux, mais pensa qu’elle venait d’une étoile. Il serra sa
ceinture et suivit Janík et Antonín.

Longeant les murs à s’y fondre, le trio se précipita vers l’entrée de l’immeuble. Antonín s’accroupit près de la double porte et posa un boîtier noir contre la serrure. Dix secondes plus tard, il tira vers lui l’un des battants et pria les deux autres hommes de venir. L’éclat orangé des réverbères faisait briller le
sol carrelé et marbré à l’intérieur. Les grandes colonnes d’obsidienne formaient des abris temporaires aux déplacements des trois intrus. Dans le silence du hall, chacun avait son rôle, Antonín s’occupait des caméras et des capteurs, Janík de la
défense du groupe, et Václav montrait le chemin. Il avait déjà eu l’occasion par son métier de pénétrer dans le centre de contrôle du civi-satellite. Il n’en connaissait qu’une partie, mais suffisamment pour servir de guide.

Dans la salle de collecte, les informations se bousculaient en une ligne continue de chiffres et d’images. La Ville se manifestait dans un jaillissement de données diffusé en permanence sur des moniteurs. La plupart étaient traitées par des ordinateurs,
formant la trame quotidienne, l’image de fond de la
Ville. Ce murmure d’informations, recyclées et retravaillées sans cesse, n’avait aucun intérêt en soi. La vieille qui promène son chien et le cadre en retard à un rendez-vous, l’aveugle mendiant et le jeune couple s’embrassant, tout était jugé équivalent : un arrière-plan de la Ville, sans valeur, sans contraste et
sans éclat, aussi vite oublié que capté par les objectifs du satellite et des caméras de surveillance aux carrefours. Les ordinateurs tiraient de ce magma des constantes et des variables, un état de la Ville à un instant donné. Des intelligences artificielles
détectaient alors le moindre écart, la moindre anomalie dans cette routine. Un chiffre hors norme, une courbe s’éloignant de ses plages autorisées, et l’alerte se déclenchait. Le mécontentement des citoyens, une épidémie en préparation, des accidents
de circulation plus fréquents, tout était détecté et transmis aux autorités.

La réaction se devait d’être rapide, avant l’apparition d’une menace claire, afin d’assurer, comme depuis huit ans, la stabilité du régime militaire : prévention sans répression. Une forme d’anesthésie puissante naissait de ce système, car il guérissait si vite les symptômes que nul ne cherchait à comprendre
l’origine de la maladie. Personne ne s’inquiétait de l’atonie générale, de l’absence de presse libre, du repli grandissant de la Ville sur elle-même. Personne ne voyait, ou ne voulait voir, que derrière les apparences un mensonge se formait : personne
n’avait choisi Bláha et personne ne savait ce qu’il faisait. Son action trouvait placé sous sa seule responsabilité. Où se trouvait l’armée ? On ne rencontrait pas d’uniformes dans le centre-ville,
pas de chars à la périphérie. Les milliers de soldats sous le commandement de Seidl, le bras droit du Commandeur, ne se tournaient pas les pouces, ils devaient bien avoir une occupation. Mais laquelle ? Pourquoi tout restait-il caché ?

C’est pour toutes ces questions et de nombreuses autres que Václav avait choisi d’entrer dans la résistance. Un journaliste de sa trempe ne pouvait accepter ce voile noir sur l’armée et le dirigeant de la Ville. Le centre de contrôle représentait un atout
puissant pour bouleverser le jeu et obliger le Commandeur à réagir et abattre ses cartes.

« Quelque chose ne va pas, murmura Antonín. Les systèmes de sécurité sont endormis.

— Quelqu’un les a débranchés ? demanda Janík.
— Non, pas du tout, ils fonctionnent. J’ai dit qu’ils étaient endormis, pas déconnectés. Les caméras se déplacent au ralenti, les seuils de sensibilité des infrarouges et ultrasons ont été considérablement
diminués. Je n’ai aucune difficulté pour couper les
fils. Je dirais que le bâtiment sommeille.
— Toi, t’as trop bu, reprit Janík de manière abrupte. Un système de sécurité fonctionne ou ne fonctionne pas, il ne peut pas être en “sommeil”. Dépêche-toi de faire ton boulot. »
Un bruit se fit entendre à dix mètres du trio. Václav comprit rapidement que des gardes effectuaient une ronde. Il conseilla à ses équipiers de tourner à gauche pour s’en éloigner. Ils le suivirent et s’engouffrèrent dans un corridor. Deux portes plus loin, ils rejoignirent un escalier et grimpèrent.

Arrivé à l’étage qui les intéressait, le trio se reconfigura. Janík en prit le commandement. Cela déplut à Václav, mais il ne possédait pas assez d’autorité pour diriger un baroudeur comme cet équipier, et Antonín respectait plus le mercenaire
que le journaliste. Ce dernier se contenta de suivre en indiquant, de temps à autre, la direction de la salle de collecte. La facilité de l’opération le surprenait. Il pensait que les bâtiments stratégiques auraient été mieux gardés. Sans doute l’habitude et la confiance avaient-elles eu raison de la paranoïa maladive
des militaires. En l’absence de toute action terroriste, les mesures de sécurité avaient dû être assouplies. Le fruit mûrissait et Václav allait le cueillir. Les opérations se compliqueraient dans les mois à venir, quand l’armée aurait pris la mesure de la menace du VIRUS*. Bientôt, elle aurait peur de cette organisation et pourchasserait ses membres.

* Vojácí o intenzívní revoluci pro uzdravení spole.cnost : Combattants de la Révolution intensive pour la guérison de la société.

La tuile se présenta sous la forme de deux gardes assis en face de la salle de collecte. Ils ne bougeaient pas. Des électrodes posées sur leurs nuques diffusaient des programmes de divertissement à la périphérie de leur champ visuel dont le centre était consacré à la surveillance de la porte. Ces gardes se comportaient
comme des caméras armées et mobiles : un obstacle
infranchissable. Sans que Václav eût dit un mot, Antonín et Janík avaient sorti leurs couteaux. Le journaliste inspecta la salle pour repérer d’éventuels pièges. En face du couloir d’où ils venaient montait un escalier donnant sur un palier. Si nécessaire,
il pourrait leur permettre de s’enfuir, même s’il fallait
redescendre ensuite. De chaque côté de la porte de la salle de collecte, des ficus finissaient de s’étioler dans leurs bacs. Le décor aride et froid ne montrait aucun endroit où se cacher. L’affaire s’engageait mal.

Antonín et Janík se concertèrent longtemps avant d’avancer. Le premier était persuadé que, comme le reste du bâtiment, les gardes souffraient du symptôme d’anesthésie. Malgré le caractère fou et dangereux de cette hypothèse, l’homme se montra si convaincant que Janík acquiesça. Il ôta quand même la sécurité
de son pistolet et suivit son équipier. Václav resta en retrait. Les deux hommes rampèrent sur le sol avec grâce et rapidité. Sans un bruit, ils s’approchèrent des gardes et passèrent dans leur dos. Le bras de Janík parut se lover autour de la nuque de sa victime. Václav vit distinctement l’éclat des lames de couteaux
et ferma les yeux lorsqu’elles se couvrirent de sang. Il
perçut seulement un souffle étranglé puis Janík lui demanda de venir.

Les gardes, toujours fixés sur leurs supports, semblaient dormir mais leur sang s’étalait en flaques sur la moquette. Václav se dirigea vers la porte de la salle de collecte lorsqu’un bruit jaillit de l’escalier. Le trio se figea, armes en main. Le pistolet levé, Janík accueillit un nouvel arrivant. L’homme, habillé de noir, se déplaçait discrètement. Il repéra Václav et ses compagnons puis ralentit le pas. Silencieux, il se dirigea vers les deux corps égorgés. Le trio restait
paralysé par cette apparition. Les veilleuses qui diffusaient une maigre lumière dans la pièce permettaient toutefois de voir distinctement les cicatrices sur les bras de l’individu. Les stries se
croisaient et se décroisaient, formant des signes cabalistiques sur la peau sombre. Les marques paraissaient profondes et irrégulières. Ils remarquèrent aussi la masse métallique posée
sur les épaules de l’inconnu. Celui-ci se tourna enfin vers Janík et s’adressa à lui d’une voix froide et dure :
« Vous n’auriez pas dû les tuer, vous vous êtes inutilement mis en danger. Nous avions endormi ces hommes, ils n’avaient aucune chance de vous repérer.

— Comment aurions-nous pu le deviner ? Et qui êtes-vous d’abord ?
— Mon nom ne vous dira rien, je vous conseille de ranger votre arme, nous n’avons pas le temps de nous entretuer. »
La voix était si puissante, si calme, que Janík obtempéra, terrorisé. L’inconnu remonta par l’escalier pour parler avec d’autres personnes.

« Vous avez vu ? s’exclama Antonín. L’armure. Sur les
épaules.
— C’était une armure ? ce bloc de métal ?
— Oui, expliqua Janík, toujours secoué, comme s’il avait vu le diable en personne. La plupart de leurs porteurs sont morts pendant le coup d’État de Bláha. Y aurait-il encore des Loups en vie ? Je crois me souvenir que je les ai connus…
— Les Loups ? » demanda Václav, incrédule.
Antonín allait répondre lorsqu’une dizaine d’hommes en noir investirent la pièce et entourèrent le trio. La main sur le manche de leurs poignards, ils se montraient menaçants mais attendaient un ordre. Celui qui pouvait le donner arrivait par l’escalier. Václav s’avança pour mieux le voir, et personne ne l’en empêcha.

L’homme avait la trentaine bien tassée. Les joues creusées, les traits tirés, il semblait fatigué. Même le jean qu’il portait était usé, tanné par les années. Sa carrure athlétique dispa raissait sous un blouson noir épais et une casquette de cuir dissimulait ses cheveux. Chacun de ses pas résonnait sur les marches comme autant de coups. Le mouvement, souple, témoignait d’une parfaite assurance. Son corps dégageait une
atmosphère trouble, envoûtante. Ses mains, longues et fines, paraissaient tranchantes comme l’acier. Chaque courbe de la silhouette exprimait la même ambiguïté, un mélange de splendeur et de noirceur qui fascina Václav. L’homme suscitait répulsion et attraction dans un même mouvement. Un parfum que l’on détectait derrière un tas d’ordures. Une fragrance qui disparaissait dès qu’on le fixait, dès que l’on cherchait son regard. Il émettait une puissante énergie, impalpable : un trou noir descendait les marches, et personne ne pouvait l’atteindre. Il avançait dans la pénombre. Accompagnait-il les ténèbres ou bien lui obéissaient-elles ? Ses yeux étaient à la fois deux puits
obscurs et deux lumières incandescentes, deux corbeaux s’entretuant et deux émeraudes. Il ne pouvait susciter aucun véritable amour, juste une folie pour un papillon de nuit aventureux.
Rien qu’en le voyant, Václav sut que cet homme était
sang, orage et tempête mais aussi tendresse et passion. De ce paradoxe naissait le malaise, de cette horreur jaillissait le prestige.

L’inconnu aux cicatrices, toujours près des gardes, s’adressa au nouvel arrivé : « Les soldats étaient reliés aux nerfs du centre pa.rížsky, Miro. La réponse du système viendra dans quatre minutes et trente-deux secondes. »

Václav suivit des yeux l’homme au blouson noir. Il n’avait jamais rencontré une personne dégageant une telle impression de puissance et de lassitude. Le journaliste ne chercha pas à comprendre ce que signifiait cette fameuse réponse du système. Tout sombrait dans un magma étrange, tant la scène
paraissait irréelle. « Seuls les hommes aux couteaux ont tué les gardes. Le dernier est inoffensif, poursuivit l’individu aux cicatrices. (Václav ne se rendit pas compte que l’on parlait de lui.) Kníže, il faut
prendre une décision. »

L’homme au blouson hocha la tête. Il sortit d’un étui une arme étrange au large canon. Et Václav ne put s’empêcher de trouver de la beauté dans les formes de la crosse. Le doigt sur la détente, l’homme fixa le journaliste. Il parla d’une voix claire et belle :

« Tu as dix secondes pour me convaincre de ne pas te tuer, pas plus. »

Václav sursauta et commença par bredouiller, tant les mots se bousculaient dans son cerveau : « Je… J’ai… Je suis. J’appartiens à un mouvement de résistance contre le gouvernement, je voulais détruire le civi-satellite, il faut en finir avec cette dictature, je suis journaliste, j’ai peur, je ne veux pas mourir, j’ai une
famille et mon fils Pavel a besoin de moi…

— Je n’avais besoin que d’une raison… » commenta sobrement l’homme.
Il tira.

Václav fut choqué par cette trahison. Il aurait pu se prosterner devant cet individu, pourquoi le tuait-il ? Le journaliste s’effondra en maudissant le destin et plongea dans un abîme noir d’incompréhension.

Janík s’indigna et fit mine de sortir son couteau. Aussitôt, d’autres armes furent tirées hors de leurs étuis et le mercenaire dut se résigner. L’homme au blouson renifla en regardant le corps du journaliste. Avec mépris, il s’adressa aux deux autres membres du trio :

« De toute façon, vous n’avez plus longtemps à vivre. Vous ne deviez pas attaquer ce bâtiment. Vous n’êtes pas de taille. Croyez-vous qu’un centre aussi stratégique n’est protégé que par quelques gardes et de l’électronique ? Si nous n’étions pas venus, vous n’auriez pas fait dix mètres. Je suis certain qu’on
peut suivre votre trace depuis le carrefour. Imprudents, mal préparés, incapables, quelle équipe ! Cet immeuble punit les destructeurs et les assassins comme vous. »
Les deux hommes, secoués par ces mots, se regardèrent. Janík se frottait le front, envahi par une douleur soudaine. Antonín paraissait lui aussi perturbé mais demanda : « Vous allez nous tuer ? Qui êtes-vous ? Vous êtes des voleurs, non ?

— Mon nom est Miroslav Vlk. J’appartiens au clan des Loups et j’agis au nom de la Guilde du crime. Nous reprenons le pouvoir et j’annihilerai votre mouvement de résistance s’il menace la Ville ! »
Janík releva la tête et fixa Antonín : « Je me souviens. Je sais désormais pourquoi je les connais. J’ai retrouvé ma véritable identité.

— Comment ça ?
— Nous appartenons au… »
Janík allait poursuivre lorsqu’un grand bruit de succion jaillit derrière lui. Le mercenaire bondit en avant, roula à terre et se retourna. Il fut saisi par l’apparition. Deux masses spongieuses de plus de deux mètres avaient émergé du sol. Celle derrière Antonín s’incurva pour l’enserrer. L’homme eut juste le temps de voir les reflets bleutés de la chose au-dessus de
sa tête. Des pseudopodes grossissaient et surgissaient de la matière gluante et sombre. Soudain, des centaines de piques de métal transpercèrent Antonín.

L’explosion d’acier fut si rapide qu’il ne cria même pas. Son sang coula sur le sol, se répandit en mares brillantes, avant que son corps soit plongé dans le
conglomérat visqueux. La masse se courba et s’allongea sur le sol dans un bruit de craquements d’os. Janík, terrorisé par la mort de son ami, comprit que son temps était compté. Les voleurs de la Guilde regardaient la scène sans aucune émotion.
Ils attendaient la mise à mort. Le mercenaire savait qu’on ne le laisserait pas rompre le cercle des Loups, il devait affronter seul le deuxième monstre. Ce dernier n’avait pas bougé mais ses pseudopodes s’agitaient en rythme, oscillant sous l’effet d’un vent imaginaire. Qu’était-ce ? Cela n’avait rien à voir avec des
machines d’autodéfense, cela ne ressemblait ni à un robot ni à un engin militaire. Un monstre organique et terriblement dangereux.

« Miro, cria Janík. Avec ma mort, vous allez perdre la meilleure occasion de vaincre votre ennemi. Vous agissez avec des coups de retard ! »

L’homme s’empara de son pistolet et visa le monstre. Il avait repéré une lumière rouge en plein milieu de la masse gélatineuse. Un noyau vital. Un instant, le mercenaire regretta ne pas avoir emporté des balles perforantes. Ses pauvres 9 mm lui paraissaient trop légères. Il augmenta la vitesse de propulsion du canon en actionnant une mollette du pouce. Il devait s’approcher, juste un peu. Son adversaire, immobile, se contentait d’observer l’humain. Janík s’avança, puis tira. Les détonations explosèrent dans la pièce et les bras du mercenaire se tétanisèrent sous l’effet du recul. Il tirait mais le métal était englouti, digéré par l’organisme spongieux. Aucun tir ne parvenait au
noyau. Au moment où l’homme rechargea son pistolet, les pseudopodes grandirent et jaillirent dans sa direction. Paniqué, enragé, Janík visa et tira, sans faire attention au contact gluant dans son cou, aux membres informes qui lui enlaçaient les jambes et agrippaient sa taille, obsédé qu’il était par la rougeur
brillante au centre du monstre. Il ne résista même pas lorsqu’il fut entraîné en avant. Les balles s’accumulaient dans le corps de son adversaire, mais aucune ne le blessait. Janík cria de fureur, sa colère décupla avec le sentiment d’injustice. Des hommes l’entouraient et le laissaient mourir. Ils assistaient à un
spectacle. Peut-être y prenaient-ils du plaisir ? Au moins le monstre avait-il l’excuse de sa fonction : protéger le bâtiment.

Mais eux ? Ces voyous demeuraient invisibles aux yeux de cette sentinelle gluante et mortelle. Ivre de rage, des injures plein la bouche, Janík se transperça sur les centaines d’aiguilles de métal. Concentré sur une sorte de malédiction qu’il voulait envoyer à ces spectateurs impitoyables, il ne ressentit aucune douleur, juste l’odeur de son sang coulant sur lui. La mort se présenta comme un unique voile rouge.

Les pseudopodes se refermèrent autour de leur proie et l’immense organisme défenseur se coucha sur le sol et se couvrit de plaques brunes. Un des voleurs, colosse au regard clair, frissonna au bruit des craquements d’os.

« Quelle saleté, ce projet Gaïa ! »

Miro sourit avec amertume. Ses hommes autour de lui
admettaient leur dette. La meute n’avait jamais autant assuré leur protection. Le kníže finit par hausser les épaules.

« Svetlana, à toi de jouer. Dépêche-toi ! »

Une jeune femme sortit de l’ombre et s’approcha de la porte de la salle de collecte tout en se tenant à distance des deux masses noires.

« T’inquiète pas, Miro. L’immeuble est anesthésié pendant un quart d’heure encore. J’ai largement le temps de récupérer la séquence d’initialisation et le code d’entrée du filtre. »

Elle remonta ses lunettes sur son nez et sourit, consciente de son importance. Elle savait que la Guilde avait besoin d’elle pour sa survie. Elle sentait aussi que certains hommes de Miro n’aimaient pas sa présence : elle était une femme et un chef de
clan. Jamais auparavant ce poste n’avait échu à une femme. Mais les temps changeaient, et Miro en tenait compte.

Elle était un maillon indispensable, elle s’appelait Svetlana Orel.

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A SINGLE ACT, A THOUSAND CONSEQUENCES

Vaclav had to run hard to keep up with Janik and Antonin. The three men avoided the pools of light from the streetlamps and kept close to the sides of buildings as they ran. Dust swirled down the street and the budding leaves of the trees quivered in the fresh breeze. 

They'd met at the Flora subway station an hour earlier. They were not acquainted, so to recognize each other they were each to carry a chocolate rabbit, as Easter was approaching. Janik, with his massive, muscular form, looked by far the most ridiculous. He seemed embarrassed, as if he were debating with the thing and wondering how to hold it. Antonin did not show any such awkwardness. He possessed a natural elegance, even when carrying a brightly-coloured chocolate rabbit. The intelligence of his aspect reassured Vaclav. He hadn’t liked the idea of his life reposing in the hands of a brute like Janik. Once united, they’d thrown away their chocolate rabbits in the nearest trash can and headed to Antonin’s car.
 
They'd parking about half a kilometer from their destination. The sacks were heavy, and Vaclav had started to worry when he saw Janik slip a pistol into his belt.

“Didn’t you tell me the building was safe?” he’d asked.
“That doesn’t mean it’s deserted,” Janik had grumbled. “Security is passive for the most part, except at night, when guards work in teams. We’ll avoid them, but just in case…”
“Just in case, yeah. Only to defend ourselves.”
For reply, the mercenary only put on a cap, then closed the trunk of the car. Then they had immediately set off.

As they approached the objective, Vaclav began to regret participating. He was on a two-day leave, and an excursion to his cháta, his cottage in the country, would have been more practical. With spring in the air, the garden needed work. Olga loved taking care of the interior and was ingenious at redecorating the living room every year. Since the birth of their son Pavel, she had become even more cheerful than usual. She had agreed to go by herself to the cottage, naturally, as Vaclav had promised her he would join her after finishing a bit of work. Kind and courageous Olga! A simple young woman, always bright and happy, whom he’d met when doing an article about the General Hospital. He had noticed her thanks to her smile and her personality. It hadn’t been difficult to seduce her. And now, tonight, Vaclav was angry at himself for not being with her and for having lied to her. She would not have understood. 

 Who would have believed that Vaclav Matransky, star reporter for MT2*, was transformed into a terrorist at night? Who would have thought he belonged to the lone resistance movement opposing Commander Bláha? The old regime had been overthrown eight years earlier, but no one had managed to rid the nation of Bláha and his powerful army. His authoritarian system must and would end, and Vaclav and his group had sworn to fight it until democracy could take hold again.

* Mesto Televize

This evening, they would announce those coming changes with their first exploit. They had prepared long and meticulously, basing their action on a piece of information they all accepted as true: the security systems in public buildings seemed fragile. The Commander had so much confidence in his authority and his strength that for the last four years he had been reducing his security forces. This evening, that confidence would be shaken.

The trio passed under an arched walkway, its atmosphere suffocating, silent and dismal. The City slept, bathed in the light of streetlamps that made the paving stones shine with orange-yellow reflections. When the road started abruptly to climb, they cut over to a flight of steps and accelerated their pace. Their objective came into view: a new building, its façade of dull glass. Wedged in the angle of an intersection, it stood out like a crystal cliff among the neighbouring buildings’ blank stone walls. The anonymity of its ground floor belied its real significance. The entire steel-shuttered jewellery store just next door was not worth even one square metre of this building. Twelve stories of precious, efficient technology. A vital point.

The control centre of the civil-satellite.

The three men took cover under a wooden arcade topped with stone lions, jaws open wide and menacing. Vaclav looked up into the dark sky, searching for the civil-satellite’s blinking flash, but the City’s ambient light was too strong. He saw only the spider web of air renewal circuits stretching from ground to sky. The massive structure of this pulsing network spread out over the City and its periphery, sectioning the sky. He could hear the gentle respiration of its turbines swallowing the air polluted by factories and cars and spitting out fresher, cleaner air. Vaclav caught a fugitive glimpse of light in the canals, but figured it must be the reflection of a star. He tightened his belt and followed Janik and Antonin as they moved on.

They hurried toward the building, hugging close to the walls to screen themselves. Antonin crouched before the double doors of the front entry and placed a black box against the lock. Ten seconds later, he pulled open one of the doors and motioned to the other two men to enter. The marble-squared floor of the foyer shone with orange light from the streetlamps. Tall obsidian columns formed temporary shelters for the three intruders as they made their way across the silent hall. Each of them had a role to play: Antonin was to deactivate cameras and detectors, Janik was to defend the group, and Vaclav was supposed to show the way. He’d already had occasion to enter the civil-satellite centre for his job. He was familiar with only some parts of it, but to serve as their guide that sufficed.

This building existed to house the Data Collection Room, where the City revealed itself as a flood of data streaming across monitors. Most of this uninterrupted flow of numbers and images pouring in were analysed by computers to form a tapestry of daily life, the background image of the City. This murmur of information, constantly recycled and reworked, held no interest in itself. The old lady walking her dog and the businessman hurrying to an appointment, the blind beggar and the young couple embracing -- all of it was regarded objectively and held without value, without contrast or colour, forgotten as soon as it was recorded by the satellites and surveillance cameras at intersections. But with this magma of constants and variables, the computers drew up a minute-by-minute ‘State of the City’ report. The slightest displacement, the slightest anomaly in the routine would be detected by artificial intelligences, and they would sound an alert. An abnormal number, a curve outside of the authorised levels could indicate a developing epidemic or discontented citizens or more frequent traffic accidents – all these things were detected and transmitted to the authorities.

In turn, their reactions had to be rapid, before any clear threat appeared. This secured the stability of the military regime, and it had worked for the last eight years. Prevention without repression. The system also created a powerful form of anaesthesia, for it healed any symptoms so quickly that no one tried to comprehend the origin of the sickness. No one worried about the universal apathy, about the absence of a free press and the gradual closing up of the City upon itself. No one saw, or wanted to see, that behind appearances a great lie existed: No one had chosen Bláha and no one knew what he was doing. He was accountable to no one but himself for his actions. Where was the army? You never saw uniforms in town, or tanks on its fringes. Those thousands of soldiers under the orders of Seidl, the Commander’s right hand man, weren’t just twiddling their thumbs; they must have some kind of occupation. But what? Why did everything remain hidden?

It was because of these questions and many others that Vaclav had decided to enter the Resistance. A journalist of his calibre could not accept this black veil over the army and the leaders of the City. Raiding the control centre was the perfect opportunity to upset the system and oblige the Commander to react and put his cards on the table.

 “Something’s not right,” Antonin murmured. “The security systems are in sleep-mode.”

“Someone unplugged them?” Janik asked.
“No, not at all, they’re working. I said they were in sleep-mode, not disconnected. The cameras are functioning but in slow motion, and the ultrasound and infrared sensitivity levels have been considerably reduced. I could just cut the wires, no problem. It’s as if the building is sleeping.”
“You’ve been drinking too much,” Janik replied abruptly. “A security system is working or not working. It can’t be in ‘sleep-mode.’ Hurry up and do your job.”
There was a noise about ten meters away. Vaclav realized the guards were making their rounds. He motioned to the others to turn left and get some distance, so they followed him into a corridor. Two doors down, they came to a staircase and started to climb up.

They stopped at the floor they wanted, and the three men adopted a new formation. Janik took command. Vaclav wasn’t happy about it, but he didn’t have enough authority to handle a thug like Janik, and besides, Antonin respected Janik more than he did the journalist. So Vaclav had to content himself with following them and indicating, from time to time, the path to the data collection room. The ease of the operation surprised him. He thought strategic buildings would be better guarded. Undoubtedly habit and confidence had overcome the malicious paranoia of the military. In the absence of any terrorist actions, security measures must have been reduced. The fruit had ripened and Vaclav was going to harvest it. Their operations would get more complicated in the following months, of course, when the army had recognized the extent of the threat that VIRUS* represented. It would soon fear their organization and hunt down its members.

* Vojácí o intenzívní revoluci pro uzdravení spole.cnost: Combatants of the Extreme Revolution for the Healing of Society. 

The mishap arrived in the form of two guards sitting in front of the data collection room. They both had entertainment electrodes fixed on their necks, and they weren’t moving. The electrodes transmitted programs onto the edge of their fields of vision, while still allowing them to consecrate their focus on the door. These guards acted like mobile and armed cameras -- a barrier impossible to breach. Before Vaclav could say a word, Antonin and Janik had brought out their knives. The journalist looked around for traps. At the end of the corridor they’d just entered was a staircase opening onto a platform. If necessary, they could escape that way, even if it involved having to go back downstairs. At each side of the data collection room, potted ficus plants were eking out a life without sunshine. The barren, cold décor offered absolutely no place to hide. The affair was starting to look sketchy.  

Antonin and Janik took their time gearing up before advancing. Antonin was persuaded that, like the rest of the building, the guards were under the effects of anaesthesia. Despite the foolish, risky character of his hypothesis, he argued it so convincingly that Janik acquiesced. Still, he flicked off his gun’s safety catch before following his colleague. Vaclav stayed behind. The two men crawled along the floor quickly and gracefully. Without a sound, they approached the guards and passed behind them. Janik’s arm seemed to wrap itself around his victim’s neck. Vaclav distinctly saw the flash of the knives’ blades, but when the blood welled up and spilled down them he squeezed his eyes shut. He heard only a strangled breath, and when he looked again, Janik was motioning to him to approach.

The guards seemed to be sleeping, still upright on their chairs, but their blood was spreading in puddles on the carpet. Vaclav headed toward the door of the data collection room. Suddenly, noises erupted from the direction of the staircase. The three men stopped in their tracks, weapons in hand. At the sight of a man dressed in black, moving stealthily, Janik raised his pistol. The man slowed his pace when he saw Vaclav and his companions, but continued silently up to the two stabbed bodies. The trio stood paralyzed by this apparition. The hall lights illuminating the area were just strong enough that they could make out deep, irregular scars on the man’s arms, lines crossing and re-crossing, forming cabalistic signs on his dark skin. They also noticed a metallic mass planted on the stranger’s shoulders. The man finally turned to Janik and told him in a cold, hard voice, “You shouldn’t have killed them – you’ve put yourself in danger without needing to. We had already put these men to sleep. There was no chance they’d have seen you.”

“How were we to know? And just who are you?”
“My name wouldn’t mean anything to you. I advise you to put away your weapons – we don’t have time to be killing each other.”
His voice was so powerful, so calm, that Janik hesitated, terrorized. The nameless man went back up the stairs, where they heard him speak to someone else.

“Did you see that?” Antonin exclaimed. “The armour on his shoulders?”
 “That was armour? That hunk of metal?”
“Yes,” explained Janik, who was still disturbed, as if he’d seen the devil in person. “Most everyone who wore armour like that was killed during Bláha’s coup d’état. Are there still any Wolves alive? I think I remember hearing about them…”
“The Wolves?” Vaclav demanded, incredulous.

Antonin was about to respond when a dozen men dressed in black crowded into the hall. With their hands on the hilts of their knives, they surrounded the trio and stared at them menacingly. They seemed to be awaiting a command, and evidently the one who could give that command was on his way down the stairs. No one prevented Vaclav from pushing forward to see him better.

The man was well into his thirties. He looked tired, with hollow cheeks and drawn features. His ragged jeans were thin from years of wear, and his muscular body was enveloped in a baggy black jacket. A leather cap hid his hair. His steps resonated on the stairs like the strokes of a hammer, but his movements were supple and revealed his perfect confidence. His hands were long and fine, and as if wrought of claw-like steel. Every curve of his profile expressed the same ambiguity, a blend of splendour and darkness that fascinated Vaclav. His very presence created a mesmerizing, troubling atmosphere, both repulsive and attractive, like perfume detected behind a heap of trash. An essence that disappeared as soon as you focused on it, as soon as you searched for it with a gaze. He emitted powerful energy; he was a black hole descending the stairs, impalpable and unreachable. He approached in the dim light. Did he accompany the shadows or were they obeying him? His eyes were two obscure wells and simultaneously two incandescent lights, two crows killing each other and two emeralds. By this first glimpse alone, Vaclav knew this man was blood, storm and tempest but also tenderness and passion, a man who could incite the madness of an adventurous moth but never genuine love. From such a paradox was born a great unrest; and from such horror sprang prestige.

The man with the scars, who had remained standing by the guards, addressed the newcomer. “The soldiers were linked to the nerves of the Pariszsky Center, Miro. The system response will arrive in four minutes and thirty-two seconds.”

Vaclav kept his eyes on the man in the black jacket. He had never met a person exuding such an impression of power and lassitude. The journalist didn’t try to make out what the other meant by ‘system response.’ The scene felt so unreal to him that everything was submerged in a strange magma.
“Only the men with knives killed the guards. The other is harmless,” continued the man with the scars. (Vaclav didn’t realize they were talking about him.) “Kniže, we have to make a decision.”

The man in the black jacket nodded. He pulled an odd-looking weapon with a large barrel out of a holster. Vaclav could not help but notice how superb its lines were. His finger on the trigger, the man stared at the journalist. He spoke with a beautiful, clear voice.

“You have ten seconds to convince me not to kill you, no more.”

Vaclav jumped and started to stutter, his thoughts a jumble of disconnected words. “I…I have…I am… I belong to a resistance movement against the government, I wanted to destroy the civil-satellite, we must end this dictatorship, I’m a journalist, I’m scared, I have a family, I don’t want to die and my son Pavel needs me…”

“I only needed one reason,” the man commented solemnly.
He fired.

Vaclav was shocked by this betrayal. He could have prostrated himself before this man; why would he kill him? The journalist collapsed, cursing his destiny, and plunged into a black abyss of incomprehension.

Janik scowled indignantly and made as if to pull out his knife. Immediately, other weapons were pulled from their holsters and the mercenary had to give up. The man wearing the jacket sniffed as he looked at the body of the journalist. With disdain, he addressed the other two members of the trio:

“In any case, you haven’t much time left alive. You shouldn’t have attacked this building. You’re not up to it. Do you think a centre as strategic as this one would be protected by just a few guards and some electronics? If we hadn’t been here, you wouldn’t have made it ten metres inside. I’m sure we could follow your tracks from here all the way back to the intersection out front. Imprudent, poorly prepared – what a team! This building punishes vandals and assassins like you.”
The two men, shaken by his words, looked at each other. Janik rubbed his forehead, filled with a sudden throbbing. Antonin seemed just as perturbed, but he asked: “Are you
going to kill us? Who are you? You’re thieves, right?”

“My name is Miroslav Vlk. I belong to the Wolves clan and I act on behalf of the Crime Guild. We are taking back power and I will annihilate your resistance movement if it threatens the City!”
Janík looked up and stared at Antonín. “I remember. I know now why I recognized them. I’ve recovered my true identity.”

“What do you mean?”
“We belong to...”
Janík was about to continue when a loud sucking sound erupted behind him. The mercenary leaped forward, rolled on the ground and turned around. He was riveted by the apparition. Two spongy masses more than two meters wide had emerged, apparently right out of the floor. The one behind Antonín curled up to enclose him. The man had just enough time to see the bluish surface of the thing rising above his head. Pseudopodia arose and grew out from its dark slimy tissue, then it suddenly pierced him with hundreds of metal darts.

The steely explosion was so rapid he did not even have time to scream. His blood flowed onto the floor and spread in shining puddles, and his body sunk into the viscous conglomerate. The mass of tissue folded over the body and extended over the floor with a noise of cracking bones. Janik, terrorized by the death of his partner, knew that his time, too, was running out. The thieves from the Guild looked on without emotion. They were awaiting his execution. The mercenary knew they would not let him break the Wolves circle, that he had to face the second monster alone. The latter had not moved but his pseudopodia were waving rhythmically, oscillating in an imaginary wind. What was it? It was like no kind of self-defence machinery he’d ever seen; it resembled neither a robot nor a military vehicle. It was a biological monster, and a terribly dangerous one.

“Miro!” shouted Janík. “If I die, you lose the perfect opportunity to defeat your enemy. You’re acting too late!”

Janik grabbed his gun and aimed for the monster. He had spotted a red light in the middle of the gelatinous mass. Could that be its vital core? For an instant, the mercenary regretted not having loaded armour-piercing bullets. His ordinary 9mms seemed inadequate. He turned the thumb wheel to increase propulsion speed and then decided he had to get just a little closer. His opponent, motionless, merely observed him. Janík moved toward it and fired. Detonations exploded in the room. The gun’s recoil paralysed the mercenary’s arms, but he kept firing. However, the bullets were instantly absorbed, digested by the sponge-like organism, and not one shot penetrated its nucleus.

He had to reload his gun, and the monster chose that moment to strike; its pseudopodia grew and started to crawl in his direction. Panicked and enraged, Janik took aim and shot, ignoring the tentacles encircling his legs and clutching his waist, and their sticky touch on his neck. The pulsating bright red centre of the monster hypnotized him. He did not resist even when it started dragging him forward. The bullets accumulated in his opponent’s body, but not one wounded it. Janík screamed in rage, his anger increasing tenfold from the feeling of injustice. The other men were just standing there letting him die. They were simply spectators. Did they enjoy this? At least the monster had the excuse that it was fulfilling its function: to protect the building.

But what was their excuse?

These thugs seemed to be invisible to the glue-like, deadly sentinel. Drunk with rage, swearing at them, Janík was pierced by the hundreds of metal needles. Concentrating on uttering a curse to damn his merciless audience, he felt no pain, just the smell of his blood flowing over his body. Death came to him as a single red veil.

The pseudopodia closed around their prey and the vast defence organism spread out on the ground, erupting in brown patches. One of the thieves, a colossus with pale eyes, shuddered at the sound of cracking bones.

“What filth this project Gaia is!”

Miro smiled bitterly. His men were admitting their debt to him, their Kniže. The pack had never more clearly assured its own protection. He shrugged.

“Svetlana, time for you to act. Hurry up!”

A young woman emerged from the shadows and came up to the data collection room, keeping her distance from the two black piles.

“Don’t worry, Miro. The building will still be anesthetized for a quarter of an hour. I have plenty of time to recover the initialization sequence and the filter entry code.”

She pushed her glasses higher on her nose and smiled, aware of her importance. She knew the Guild needed her for its survival. She also felt that certain of Miro’s men did not like her presence: a woman and clan chief. Never before had this position fallen to a woman. But the times had changed, and Miro had taken that into account.

She was an indispensable link, and her name was Svetlana Orel.

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